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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 16:44

 

 PRISONNIER AU MAROC

 

 

 

Jean GUIRRIEC a été incorporé en septembre 1957 à MAISON LAFITTE ou il fait ses quatre mois de classe. Puis, c’est le départ pour MARSEILLE et la traversée de la Méditerranée direction ALGER la blanche.

 

Il est affecté au 22ème RI à la 8ème Compagnie au Bordj TAOURIRA à proximité de TENES.

 

Il se retrouve dans la même compagnie que Raymond PONTON dont nous avons raconté précédemment l’histoire. Avec lui, GUIRRIEC est désigné le 24 février 1958 pour se rendre à la Baie des SOUHALIA , à proximité de FRANCIS GARNIER, pour effectuer une corvée de bois pour l’alimentation de la cuisine. La moitié de la compagnie dont il fait partie, prend les camions et l’autre moitié fait le chemin à pied.

 

Le travail terminé les groupes sont inversés et GUIRRIEC rentre au poste à pied, à travers le djebel. Son groupe compte une trentaine d’hommes. Eclaireur de pointe, il progresse rapidement. La piste grimpant vers le col de TAZAMOUT est étroite, et les soldats marchent en file indienne en respectant les distances de sécurité entre chaque homme. C’est dans un passage resserré entre les parois abruptes de la montagne que notre groupe est tombé dans l’embuscade. Les fellaghas avaient bien préparé leur coup . La fusillade était très intense les assaillants utilisant des armes automatiques, et beaucoup d’entre nous tombèrent sous les premières rafales. L’aspirant qui commandait la section essaya bien d’organiser notre défense, mais les fells étaient beaucoup plus nombreux et bien armés, de plus ils avaient bénéficié de l’effet de surprise. Nous ripostions de notre mieux . Dans la bagarre GUIRRIEC aperçoit un copain blessé en difficulté, rapidement il se porte à son secours et le hisse sur ses épaules pour le mettre à l’abri. La fusillade est de plus en plus intense et des impacts de balles marquent le sol autour d’eux. Tout à coup son copain s’affaisse , il vient d’être touché une seconde fois. Du sang se répand sur l’épaule et la poitrine de GUIRRIEC, manifestement son copain est touché à mort. Il le laisse glisser au sol et il constate qu’il a une plaie importante au cou. Dans un éboulis de roche, il aperçoit une faille dans laquelle il se glisse ,il espère ainsi échapper au massacre. GUIRRIEC à lui même été touché à une main, il a épuisé ses munitions et il a le sentiment qu’il est en survie. Les renforts sont loin, et le radio ayant été touché dès les premiers tirs, aucun message n’a pu être envoyé pour les prévenir.

 

Le tir a cessé, les fellaghas armes braquées progressent par bonds et commencent à ratisser le terrain. Très rapidement ils découvrent GUIRRIEC et à coup de crosse le font avancer vers un groupe d’hommes. Hormis les cadavres GUIRRIEC ne voit aucun de ses camarades. Un autre groupe vient les rejoindre avec un autre prisonnier d’origine Algérienne qu’il ne connaît pas.

 

Très rapidement les fells ramassent les armes et les habillements des cadavres, sans oublier les pataugas. Puis ils se regroupent et décrochent rapidement de peur de voir arriver des renforts alertés par les coups de feu.

 

Poussé par les rebelles, Jean GUIRRIEC suit le rythme rapide de la marche, il souffre de sa main, mais ne se plaint pas. Lors d’une halte le chef rebelle l’interroge sur le poste tenu par la compagnie, et sur son équipement. Il semble d’ailleurs avoir déjà beaucoup d’informations.

 

Le lendemain GUIRREC apprend que l’autre prisonnier a été égorgé, et il s’inquiète sur son  propre sort. Ne va t’on pas lui aussi le supprimer.

 

La nourriture est chiche, et il faut marcher et marcher encore. Quelques jours plus tard ses ravisseurs le confie à une autre équipe, et il en sera ainsi tout le long du trajet à chaque fois qu’il changera de Willaya et de secteur.

 

On circule la nuit, et l’on se repose le jour pour éviter de croiser des militaires Français. Les caches sont diverses, parfois des constructions de fortune sous des taillis dans les bois, des grottes, ou des mechtas très isolés et loin de tout passage. Lors d’une halte sa plaie est nettoyée et désinfectée, et un pansement lui est appliqué. Quelques médicaments lui sont administrés. Chaque nuit la troupe progresse, on lui parle peu, mais on l’a toutefois prévenu qu’en cas d’accrochage , il serait immédiatement descendu. Les régions qu’ils traversent sont variées, des forêts, des plaines d’alpha, de la montagne et des cols enneigés, des oueds en crue. Après de très nombreux jours de marche, ils arrivent a proximité de COLOMB-BECHAR, près du barrage électrifié édifié à la frontière avec le MAROC. Le passage ne se fait pas sans difficultés et, c’est la captivité au MAROC à proximité d’OUJDA. Passé de l’autre côté de la frontière les fellaghas circulent librement en arme , ils sont en pays ami. Il est enfermé dans un bâtiment avec une cour intérieure où il retrouve 14 autres prisonniers Français . En discutant avec eux, il se rend compte que son périple en ALGERIE a duré plus de trois mois. La prison est spartiate, une paillasse à même le sol et une couverture, la nourriture n’est pas variée, poids chiches, oignons, lentilles et couscous sans viande.

 

Un jour ils sont autorisé à écrire à leurs parents, leur courrier étant acheminé par la croix rouge. Le temps leur paraît long, leur incarcération va durer six mois ; six mois de peur, leur sort étant toujours incertain.

 

Un matin un officier leur annonce que huit d’entre eux seront libérés en échange de prisonniers Algériens. Après un tirage au sort, GUIRRIEC fait partie des heureux élus . Ils sont remis à l’ambassade de France à RABAT, et après une douche et une coupe de cheveux, ils sont présentés à la presse. Les familles sont averties et GUIRRIEC et ses sept copains embarquent dans un avion à destination de VILLACOUBLAY.

 

A PARIS c’est l’accueil par les autorités et les familles, que de joie de pouvoir serrer ses parents dans ses bras après cette longue incarcération. Puis ce sont des examens médicaux, et une permission bien méritée. GUIRRIEC est ensuite hospitalisé à RENNES pour sa blessure à la main, puis il est affecté à QUIMPER où il termine son service militaire.

 

Son odyssée s’est bien terminée, il fait partie des rares prisonniers Français de cette guerre d’ALGERIE qui ont réintégré leur foyer, beaucoup ayant été soit, immédiatement tué, soit fusillé en captivité après un simulacre de procès.


          Michel FETIVEAU. 

 

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Published by Michel - dans NOTRE VECU
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commentaires

FETIVEAU Michel 08/02/2009 09:59

Cet article a été écrit par Jean GUIRREC. Dans les articles "j'ai rencotré pour vous R Ponton" et "j'ai rencontré pour vous J Bailhache" tous les 2 confirment que la 8ème Cie était à TAOURIRA. Ce poste sur un piton a été ensuite rebaptisé Bordj Sergent VERLEY. Tu en trouveras des photos dans le catalogue du 2ème Bataillon. Merci si tu possèdes des photos de me les faire parvenir.

robert paradinas 07/02/2009 14:34

Je suis un peu déboussolé quand je vois la 8ème Cie située à Taourira, site que je ne connais pas. J' étais à Montenotte de 11/58 à 02/60 et j' ai connu la 8 (kimono 34), à Kalloul, à quelque kms de Montenotte, sur la droite de la route d'Orléansville.
Peut-on m'éclairer à ce sujet?
Merci.

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