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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 17:43

UNE ETUDIANTE STAGIAIRE A BORDJ BAACH.

Extrait du DAHRA journal de liaison du 22ème R.I.

 

 

     Avez vous déjà entendu parler de B…..  B…..   ? Non pas B…..  B……  qui fait du cinéma, un autre B…..  B….. , autrement plus sympathique. La B….  B…..  dont je vous parle c’est tout simplement….. ?  Mais si je vous parlais de moi, vous comprendriez mieux et de toute façon il est préférable de garder le meilleur pour la fin.

     Je suis donc une simple lycéenne comme il y en a des milliers de par le monde. Je me suis portée volontaire (remarquez les termes) pour partir en ALGERIE avec un stage de 200 autres étudiants, garçons et filles, qui avaient le même goût de vérité et d’aventure. On nous reçut en beaucoup d’endroits et j’ai serré les mains de beaucoup de personnalités, que l’on disait très importantes et que j’ai trouvé être des hommes au même idéal, au même enthousiasme que moi.

     Et après avoir passé par ALGER, ORLEANSVILLE, TENES, j’ai découvert BORDJ BAACH  (B….  B…. pour les intimes). Imaginez vous une route, une piste plutôt, qui serpente sur les flancs d’une chaîne de montagnes. D’un côté une pente rapide, parfois un précipice, de l’autre une paroi presque verticale, par endroits de terre rouge parsemée de broussailles vert sombre qui n’ont pas encore eu le temps d’être desséchées. Un aspect étrange, sinistre et pourtant aimable, le rouge et le vert, symboles du sang et de l’espoir, du sang versé pour la Paix et l’espoir de la conquérir dans un avenir proche. A un tournant de cette piste , un de ces détours qui en montagne cachent toujours un paysage merveilleux, un drapeau semble jaillir du sol, vers un ciel de vacances. En dessous de ce drapeau des toits de tuiles rouges, des murs faits de blocs de pierre, des sentinelles armées, des haies de fils de fer barbelés. Au pied de cette forteresse, sur les pentes qui descendent jusqu’au fond de la vallée, s’étagent des gourbis dans lesquels s’affairent des femmes. Tout autour des enfants ouvrent tout grand leurs yeux noirs, étonnés et un peu craintifs. D’autres gourbis se montent rapidement. Un village comme il y en a d’autres, plus pauvre peut être. Et qui croirait qu’à cet emplacement, il y a un mois, n’existaient que des broussailles et chardons. Alors me direz-vous ?…  Et bien un jour, un jour qui devait ressembler à tous les autres pour les soldats du Bordj, quelques familles virent s’installer là et depuis, chaque jour, de nouvelles familles s’ajoutent à celles de la veille. Des soucis de plus pour le Maître du BORDJ qui doit désormais assurer la défense non seulement de son fort, mais aussi de ce village. Déjà des bulldozers ont tracé quelques « rues » et les G.M.C. se sont transformés en camion de déménagement. Mais ce n’est pas tout. Imaginez-vous un Capitaine entrant chez un pharmacien d’ORLEANSVILLE et demandant 200 biberons, et ce même Capitaine a déjà commandé les tableaux verts et les tables pour meubler l’école, où résonneront peut être des rires d’enfants au 1er Octobre.

     Une assistante sociale de l’Armée, aidée par une jeune interprète, toutes deux aussi dévouées et souriantes passent leur journée dans le village où elles distribuent du lait, des vêtements, du savon et surtout elles inspirent confiance à ces familles apeurées. Une autre interprète , aide le docteur qui a toujours le mot pour rire dans son infirmerie de bois.

     Un autre fait m’a frappé lorsque je suis arrivé à B….  B….  je m’attendais à trouver des soldats à la mine renfrognée, ayant souvent le cafard. Et bien pas du tout. Toute la journée on entend rire et chanter. Je me souviendrai toujours de la farce que l’on m’a faite, au premier repas que j’ai pris ici. Pendant tout le repas on me parla d’un certain SI EL HADJ. C’était un grand chef du village, ancien militaire médaillé, un peu fou, mais qu’il fallait ménager. Il avait quatre femmes, des yeux de tueur. Enfin on l’avait invité à prendre le café en mon honneur. Je vis entrer un bel Arabe, grand, de forte carrure, habillé richement, portant ses médailles et des lunettes noires. Il s’assit et commença à parler, puis il se disputa je ne sais plus à quel sujet, avec un Officier, il jeta son assiette à travers la pièce et finalement il fallu le faire sortir. Le calme se rétablissait dans le mess, lorsqu’on entendit un coup de feu et un soldat arriva en courant annoncer que SI EL HADJ se battait à la porte de la cour avec un militaire. Il n’avait pas fini de parler que le fameux Arabe entrait dans la pièce, criant qu’il allait nous tuer. Aussitôt ce fut une mêlée générale. Tous les officiers se jetèrent sur lui pour lui enlever son pistolet. Vous avez tout de suite deviné que j’étais moins que rassurée. Lorsque SI EL HADJ fut maitrisé et renvoyé chez lui, tout le monde éclate de rire et m’avoua la supercherie, le chef si coléreux était tout simplement un Lieutenant déguisé. Il ne me restait plus qu’à rire de ma peur. Je crois bien que c’est une plaisanterie qui restera dans les annales de la Compagnie.

     Voilà je vous ai raconté BORDJ BAACH tel que je l’ai découvert, tel que je l’aime. Je n’ai pas insisté sur les inconvénients de ce bled, parce qu’on les oublie plus vite que les bons souvenirs, et de plus vous les avez tous plus ou moins appréciés. Vous ne trouvez pas, que malgré tout  votre vie est belle ?…   Elle est même merveilleuse parce qu’elle est utile. C’est quand même une belle consolation de se dire : je suis indispensable et c’est vrai. Vous êtes irremplaçable chacun dans votre service ; pensez-y quelquefois lorsque vous aurez envie de tout envoyer promener.

 

 

     Une stagiaire à la 10ème Compagnie à BORDJ BAACH.

 

 

  Le texte m'a été remis par A. ROUSSEL.

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