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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 16:12

SI  BREIRA  M’ETAIT  CONTE 

Extrait du DAHRA journal de liaison du 22ème R.I.

 

 

   Une gentille étudiante a bien voulu nous faire part de ses impressions sur BORDJ BAACH dans le DAHRA  N° 4, en nous précisant « BORDJ BAACH »  B…… B……. pour les intimes.

 

   Elle ne serait pas dépaysée ici, car pour nos intimes....., et elle en serait immédiatement, BREIRA les BAINS, c’est B…. B… aussi, pourquoi pas !…… Ces « bains » sont justifiés, par le port tout d’abord. PORT-BREIRA est notre débouché sur la MEDITERRANEE. C’est surtout le point d’embarquement du minerai de fer qui va nous chercher des devises à l’étranger, après avoir fait vivre le pays. Ce minerai de fer, surtout celui extrait de BENI AKIL près de BREIRA, est tellement fameux qu’il a été le seul retenu pour la confection des roues de la célèbre locomotive BB 7001, orgueil de l’industrie ferroviaire FRANCAISE. Voilà pour les BB. Les « bains » sont encore justifiés, si besoin est, par la situation de notre compagnie en deux postes, car l’on se met dans le bain tantôt dans l’un, tantôt dans l’autre, et pour cela il pleut souvent.

 

   Mais je vais passer la parole au Sous Lieutenant CERVEAUX nouvellement affecté, qui va nous dire si nous avons fait du Bon Boulot, ou de la Besogne Biscornue, s’il est resté Bouche Bée, ou les Bras Ballants, enfin s’il nous trouve Braves Bourgeois, ou Bôvres Bougres. Ensuite la parole sera donnée au Sous Lieutenant ANTINOW qui nous révèlera quelques Briscards Bizarres de la compagnie !….

 

   Le détachement du Bordj Capitaine PORTMANN commandé par le Sous Lieutenant GAILHARD n’interviendra pas cette fois-ci , car son histoire est plutôt morose actuellement. Lorsque nos camarades y seront mieux installés, ils nous feront certainement un beau papier pour le DAHRA. Donc « dessus » !.. c’est la devise de la compagnie.

 

   Le Sous Lieutenant CERVEAUX ( volontaire pour la 6ème Compagnie, car paraît-il , elle a plus de six mois de séjour à BREIRA et doit être relevée bientôt ).

« J’aurais voulu faire un récit de mes impressions d’arrivée dans un style académique, mais l’introduction qui précède, de par sa forme, m’en dissuade. Je resterai donc dans la ligne du DAHRA, et puisque me voici devant  le front du Régiment, je serai objectif…… et franc.

J’ai été reçu à la 6ème Compagnie comme un chien dans un jeu de quilles. Déjà en route, à partir des gais rivages de FRANCIS GARNIER, le paysage m’a paru lugubre, désolé, pauvre. Pas de villages, peu de maisons, quelques paillotes délabrées, peu d’être vivants. Puis tout à coup nous voici au sommet d’un piton de glaise, dans les nuages, c’est la cote 791, le BORDJ Capitaine PORTMANN. La moitié de la Compagnie vit ici dans la boue, sous la guitoune, mais des constructions sont en cours. On m’y dit que c’est un petit paradis comparé à BREIRA…..  Tous les gens que j’y ai vus m’ont semblé résignés, mais confiants . On m’avait dit quelque part que les excités des autres Compagnies étaient envoyés à la 6 pour se rééquilibrer. Je ne puis encore apprécier. Bref, après une interminable série de lacets dans ce site de plus en plus triste, on aperçoit les installations minières de BENI AKIL puis de BREIRA. Lorsque l’on m’a dit au bataillon : c’est très bien BREIRA…. vous verrez….. belle Compagnie…. Ce devait être de l’ironie !…..

En arrivant au P.C. je suis « kikéronné » par ANTINOW qui me fait faire un tour des installations de défense. Ma conclusion à l’issue se cette visite est que tout cela est vraiment mal installé dans ce fond de vallée, avec des tas de civils qui vont et viennent dans le camp, leur lampe de carbure à la main……  des « Diogène » en série. On m’explique que la mine était ici avant nous, et qu’il a fallu épouser ses formes……

On «m’entretien »  ainsi jusqu’à la nuit.

Enfin la chambre qui m’est réservée. Pas plus accueillante que le reste. Le moral de ceux que j’approche n’est pas brillant. Le Capitaine est en opération, et chacun à l’air ici d’en faire à sa guise.

Ah ! la popote ! Je m’en rappellerai ! Une soupente au-dessus d’un poste de police. Le mobilier, indescriptible. Les courants d’air, la saleté enlèvent tout appétit. Des Sous Officiers grossiers, des civils débraillés dont un Espagnol Mr GONZALES, de la reconstruction, qui n’a cessé de vomir sur l’Armée avec son camarade Mr LAUNOY. Où j’ai failli tout envoyer valser, c’est quand ALI, le KABYLE, a manqué me renverser ses pâtes visqueuses sur la tête en voulant garnir par force ma gamelle de rab….  La nourriture était vraiment infecte, mais je ne sais pas au fond si ma mère ferait mieux à PARIS avec 250 francs par jour…. Le « repas » à heureusement été interrompu par l’arrivée d’un message : le Capitaine accroché…. des blessés…. armes récupérées…. ventilateurs…. etc.  Alerte !  Moi on m’enferme dans ma « turne » avec une sentinelle devant la porte. Et ça pète pendant un moment. Puis ANTINOW vient me mettre une MAT entre les mains et m’emmène au « poste du bas ».

Vous avez deviné, la farce était terminée, et je venais d’entrer dans la vrai popote où le couvert était mis. Sacrebleu ! moi qui venais de faire honneur à la plus affreuse des pitances ! j’avais remarqué que les autres n’avaient que peu mangé et s’étaient enfuis sans rien emporter dès l’alerte. Le message aussi, du bluff….. tout du bluff…. cette fois ci. Et voilà les Sous Officiers grossiers qui arrivent, changés…. et polis cette fois ci. Tiens ! mon Capitaine…. pardon …. mes respects…… bien joué, etc….  parfait. Oui , il me reste encore un peu d’appétit. Ah ! par exemple ! c’était vous Mr GONZALES de la « réconstrouction » ? Je ne vous avais pas reconnu. Je préfère cette réalité. C’était une Bonne Blague de BREIRA

 

   Dès le lendemain tout changeait et depuis je ne cesse de m’enthousiasmer sur tout ce que je sens, que j’apprends et que je vois ; mais cela je ne suis pas encore en mesure de l’exprimer.

 

   Médecin Aspirant DURR ( promu Sous Lieutenant  récemment, mais n’a pas daigné nous en faire part d’une façon buvable).

 

   Tout ce qui précède vous l’avez constaté relève davantage du psychiatre que du critique littéraire. En tant que médecin j’avoue avoir été incapable jusqu’ici de guérir ces militaires de BREIRA des démangeaisons qui les « minent ».

Ils sont toujours par les routes , par les sentiers, de jour, de nuit, par tous les temps. Ils reviennent malades, blessés, ils ramènent des réfugiés, des suspects, en mauvaise santé bien sûr. Tout cela me fait beaucoup de travail en plus des consultants habituels. Alors que je pourrais faire mon temps si tranquille dans ce coin perdu fait pour le repos et la méditation, au grand air…..

Ma clientèle est très sympathique. La plupart des malades se sont déjà soignés avant de venir me voir. L’un a mis du marc de café sur une brûlure , l’autre un mortier de glaise et de paille sur une fracture ouverte, un troisième du miel ou du dentifrice sur un furoncle, pour changer le menu des mouches sans doute…..  et bien d’autres médications traditionnelles, indéracinables.

Mon aspirine et ma cuisine sont très prisées. Comme on habite loin on m’en demande pour la semaine. Ceux qui n’ont aucun bobo précis à exhiber, qui se sentent simplement « pas dans leur assiette », enfin qui ont mauvaise mine, découvrent généralement leur épaule gauche en faisant une grimace éloquente. Les femmes surtout. Vous ne voyez rien sur l’épaule. Vous auscultez, on gémit à chaque palpation et vous comprenez qu’on désire une piqûre : la panacée universelle, le prestige du toubib dans une ampoule.

J’en ai bien d’autres à raconter mais ANTINOW attend pour rentrer en scène……

 

   Sous Lieutenant ANTINOW ( promet de rempiler si on lui confie le commandement du futur centre de repos de BREIRA ).

 

« En vingt cinq mois de bons et loyaux services, j’en ai entendu et vécu des histoires à la 6….. Je ne dispose de place que pour vous citer quelques uns de nos phénomènes sympathiques dans leur rôle respectifs.

 

   HEBERT : Remplit fidèlement sa mission de faire cuire les langoustes en les regardant dans les yeux………  pour qu’elles rougissent !…….

 

   BEAUJEAN : Avant de tordre le cou  à une poule, vérifie (sic) si elle n’est pas sur le point de pondre………  pour éviter tout gaspillage…..  ( Saint Thomas )

 

   JABET :  Des coups de feu éclatent. Il est en sentinelle au poste N° 3. Le Capitaine MERCIER lui demande : « Que se passe t’il ? »  Deux coups de feu viennent de partir mon Capitaine !  Et toujours au garde à vous il raccroche le combiné.

 

   BUZON : Que faites vous sur le piton au lieu d’être à vos cuisines ?…..  Mon Capitaine, le veau à sauté le barbelé hier au soir et il n’est pas rentré. Je le cherche !……

 

   GRANDCHAMPS : Il fait nuit noire, on est en opération, il est chargeur au  Fusil Mitrailleur, qui est en train de tirailler……  Qu’est-ce que vous faites là ?  Où vous croyez vous ?  M ….Mon Capitaine je profite des balles traçantes pour écrire un mot à ma petite amie, vous avez dit de ne pas faire de lumière pour ne pas se faire repérer !….

 

MELLIONEC : Boucher-Cuistot. On n’en mange pas souvent des foies de vos veaux !….. Mon Capitaine, des foies de veaux, y en a pas.   Bon ! si des fois il y en a, mettez m’en un de côté .  ( C’est le morceau préféré et exclusif des cuisiniers )

 

   Il y a aussi la ménagerie :

 

   Le chien du Chef CAPPEAU qui barre l’entrée  de la salle de service. On ne peut jamais connaître la situation de prise d’Armes……..

   Les cochons de Mr LAUNOY qui se vautrent dans le gaz oil . Dernièrement Mr le Sous Préfet en visite officielle a failli en garder un sale souvenir sur son pantalon………

   La chatte du Capitaine qui s’oublie sur l’enveloppe de mon bidon ; Evidemment quand je vais pour boire !……

   Et voilà la 6, toujours dessus !  Tout n’est pas dit. Chaque jour il y a du nouveau. Il faut venir voir sur place. En attendant la mise en route du centre de repos de BREIRA, les visiteurs seront les bienvenus mais ils sont priés d’apporter leur couchage et leur campement. Les repas froids pourront être échangés contre des repas chauds.

 

 

                                                   Le Capitaine CATTANEO commandant

                                                   La 6ème Compagnie du 2/22ème R.I.

 

 

Le texte m’a été communiqué par Albert ROUSSEL.





 

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