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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 18:00

L'ACCROCHAGE DE SADOUNA DU 18 JUILLET 1956

 

La double embuscade de Sadouna a déjà fait l'objet d'un article écrit par Jean Claude Picolet, et  publié sur le blog le 4 novembre 2013. Nous en avions tous les deux discuté à l'époque, et nous étions troublés par le fait qu'une revue de notoriété nationale, le "Nouvel Observateur", ait publié dans ses lignes un article aussi invraisemblable. Celui-ci concluait sur un bilan de 50 à 60 tués dans nos rangs dont la moitié pour notre régiment le 22ème R.I.

 

Sur mon conseil, Jean Claude a pris contact par mail avec Monsieur Laurent Joffrin, Directeur des Publications du "Nouvel Obs" pour lui révéler la réalité des faits et constater le manque de professionnalisme des journalistes concernés. Il attend toujours une réponse…

 

Or un ancien du régiment Albert ROUSSEL, a fait un excellent travail de mémoire en listant les militaires du 22ème R.I. morts dans la période 1956/1963. De même un universitaire Jehan Loïc ROGNANT avait de son côté effectué un travail similaire.

 

Nous disposons donc de deux sources indépendantes et précises nous donnant les nom et prénom des militaires "morts pour la France" en Algérie dans la période précitée, que ce soit au combat, par accident, ou par maladie. Outre les noms et prénoms, figurent, la date de leur mort, le lieu, l'évènement qui l'a provoqué et enfin le lieu où ils sont inhumés.

Pour toute l'année 1956 nous relevons pour l'ensemble du régiment, 15 morts dont un seul à SADOUNA.

 

Maurice MOUTERDE qui se trouvait en poste en 1956 dans ce secteur, nous éclaire sur cet évènement, et rétablit la vérité.

 

                                                                           Michel.

 

 

A propos de l’accrochage de Sadouna

 

 

Parcourant le Blog de Michel, je suis tombé sur la rubrique : La double embuscade de Sadouna. Ce nom a tout de suite fait tilt dans ma mémoire.

 

Ayant participé à cette action sans toutefois avoir été présent sur les lieux de l’embuscade, je peux apporter quelques précisions à partir de mon carnet de notes quotidiennes et d’une lettre écrite à un de mes frères où je rapporte l’évènement et que j’ai retrouvée. En effet sous-lieutenant rappelé j’appartenais à la 6ème compagnie du II / 22 R.I.

Je rappelle d’abord que notre compagnie venant de Montenotte était arrivée à Gouraya le 9 juillet 1956 et s’était installée à Bois sacré, l’ancienne résidence du gouverneur Leonart. Le 13 Juillet nous avons pris contact à Loudalouze avec le caïd du Douar Aghbal (qui est Agha, décoré de la légion d’honneur et de la médaille militaire) et la section de l’école de Cherchell que nous devions relever. Le caïd de ce douar a de nombreux choufs qui le renseignent efficacement. Le 14 juillet à Gouraya, nous avons fêté comme il se doit la République par une prise d’armes devant le monument au mort, à proximité de l’église.

Prise-d-arme-14-juillet-a-Gouraya-photo-M-Mouterde.jpg

Je pense que c’est par le caïd de Loudalouze que nous avons eu le renseignement, mercredi matin, 18 Juillet que la bande de H.L.L. qui avait incendié la Maison Forestière de Tighret, la ferme Duranton, la villa de Messelmoun, avait couché à Sadouna. Aussitôt, le même jour,  une opération est montée par le III / 22 R.I.  auquel nous sommes provisoirement rattachés, pour effectuer le bouclage du djebel Gouraya. Très rapidement, notre compagnie est approchée en camion jusqu’au pied du djebel, là où la piste s’arrête au Sud-ouest de Gouraya (est-ce le lieu qui s’appelle Sidi Masba ou Mesba ?). C’est là que m’a été confiée la garde des camions avec une ½ section.

 

Il était 19h quand nous avons entendu la fusillade qui se produisait en altitude. J’ai donc essayé de prendre contact avec la compagnie à l’aide du SCR 300 que j’avais à ma disposition. Impossible d’avoir la liaison. Que s’était-il passé ?

C’est au bout de 2h que quelques hommes nous ont rejoints pour nous expliquer que lorsque la compagnie était arrivée à proximité de mechtas sur le plateau, un gendarme, traducteur, avait interrogé quelques personnes qui lui avaient affirmé l’absence de H.L.L. Quelques instants plus tard les fellaghas avaient ouvert le feu tuant Callendret, le radio (ce qui explique l’impossibilité de communiquer) et blessant 3 hommes. Ils nous demandaient d’aller au secours de nos camarades. Les blessés étaient le Sergent-chef Yves Merle, le soldat Marcel Autignac et un gendarme de la brigade de Gouraya.

Après avoir été rapidement chercher quelques renforts à Bois Sacré, avec l’équivalent d’une grosse ½ section, nous avons donc entrepris, de nuit, notre montée pour rejoindre la compagnie. Arrivée au col à la fin de la  pente c’est en vain que nous avons fouillé, sans succès, (près sauf erreur, d’un lieu-dit Sidi Youssef) la zone boisée où, selon ceux qui étaient venus à notre rencontre, nos camarades de la compagnie étaient censés s’être repliés. Sans liaison radio et sans vision claire de la situation (il faisait nuit, aucune connaissance du lieu et les mechtas sur le plateau étaient probablement encore occupées par les H.L.L.) nous n’avions qu’à redescendre (à Sidi Masba ou Mesba), ce que nous avons fait.

 

carte-EM-Maurice-Mouterde-copie-1.jpg

                     Cliquez sur la carte pour l'agrandir

 

Quelle ne fut pas notre surprise, de constater que les camarades accrochés étaient descendus avant nous et déjà partis pour Bois Sacré. En effet nous nous étions croisés dans le Djebel sur deux sentes différentes sans nous entendre et pourtant nos camarades brancardaient 1 mort et 2 blessés. En effet le sergent-chef Merle, pourtant transpercé au poumon avait refusé d’être porté. En ce qui concerne le capitaine Mercier, je confirme qu’il a également été blessé, mais assez superficiellement, à la hanche.

Effectivement cet accrochage est, je crois, le premier qu’ai eu notre régiment de " rappelés " et René Callendret le premier mort. Je confirme que les " pertes " se sont limitées à 1 mort et 3 blessés. Je n’ai jamais su quel avait été le bilan pour l’A.L.N.

Peut-être ne suis-je pas au courant de tout ce qui s’est passé ce jour là dans le secteur de Gouraya, mais je ne vois pas comment on peut parler de double embuscade. Je n’ai pas non plus eu connaissance que les tirailleurs Sénégalais soient intervenus dans le secteur.

Quant à l’Aïd el Kebir, j’ai cantonné avec ma section à Loudalouze du 19 au 28 Juillet et c’est là que nous avons participé à cette fête le 20 Juillet avec la population.

Un petit détail secondaire, Sadouna n’a jamais été une commune mixte. Il y avait deux communes de ce type dans nos secteurs, celle de Cherchell et celle de Ténès. Il me semble que Sadouna était rattaché à Cherchell.

 

                                               Maurice Mouterde

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Michel - dans NOTRE VECU
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commentaires

aissa@gmx.fr 01/12/2014 21:01

@ J-C Picolet,
Le djoundi Mustapha Melzi prétend avoir participé aux deux accrochages qui ont opposé des combattants nationalistes algériens à des forces coloniales du 26 juin 1956 à Saadouna et du 28 février
1957 à Bouyemen Lalla-Ouda. Je ne connais les propos de ce monsieur mais s'il dit vrai je doit l'avoir croisé au moins en 2 reprises. Ses propos semblent trouver grâce aux yeux de M. J-C Picolet
qui considère : "le Petit berger (chouf de l'ALN) d'affabulateur. Qu'il faille oublier..."
Ce vaillant djoundi dont les propos sont interprétés, commentés et rapportés ici semble vouloir attester qu'a Saadouna il n'y a eu que " 4 soldats coloniaux atteints, soit un mort et 3 blessés
légers".
Si ce monsieur dit vrai, il a dû passé et repassé, aller vers l'ouest, vers Bouyemen aux environs du 25 février et au retour vers 'est, vers Hayouna, vers le 3 mars 1957, par notre maison située à
Aghzou-Yettou, sur le versant ouest de la vallée de Kellal où un couscous mouton les attendait sous une aile de notre maison. Peut-être même se souvienne-t-il qu'un jeune garçon, le fils du maître
des lieux, avait offert des eux bouillis à un jeune soldat métropolitain fait prisonnier à Bouyemen.
Tout comme il doit savoir que Mohamed Hannoufi, alias Si Abdelhak, le chef de la katiba d'environ 40 éléments et non pas 200, comme indiqué par le capitaine Assémat ni 180 par Mohamed Taguia,
combattants et auxiliaires compris, qui avait opéré à Saadouna le 26 juin 1956 et à Bouyemen Lalla-Ouda le 28 février 1957, était tombé au champ d'honneur aux côté d'un certain Ahmed Ouahlima,
natif de Nouraya 'vallée de Kellal, pendant que tout deux tentaient de décrocher une mitrailleuse de la tourelle d'un Half-track.
Et, aussi, il doit savoir que Si Abdelhak avait été remplacé au pied levé par un seigneur de la guerre, par un kabyle du nom de Hocine, qui a pris SIHKA pour nom de guerre.
Il doit aussi savoir que la katiba d'environ 35 éléments au retour de Bouyemen Lalla-Ouda étaient revenus surchargés d'armes, notamment des carabines US, armes d'officiers, des tenues militaires,
des pataugas, des cartouchières...immaculés de sang , récupérés sur des soldats coloniaux tombés à Bouyemen Lalla-Ouda et un prisonnier. Et qu'a-t-on fait de ce misérable captif ?
Un peu plus d'un siècle après les faits, "Le petit berger de la vallée de Kella" s'interroge : comment des officiers de l'un des plus puissantes armées du monde, sortis des plus grandes écoles
militaires de France et d'occident, puissent-ils passer sous silence des évènement historiques, l'accrochage de Saadouna, aucun historien n'a encore évoqué, le soldat métropolitain fait prisonnier
à Bouyemen, et, de les commenter, comme ici, de les commenter comme ici avec autant d'approximations : des dates, des lieux, et se permettre de traiter d'affabulateur quiconque tente d'exprimer une
opinion sans doute plus proche de la vérité mais différente à la leur.
Le général Maurice Faivre, a écrit dans l'un de ses ouvrages, sans préciser la date exacte ni le lieu de la tuerie : 14 tués du 22ème RI en 1956 (archives inédite de la politiques algériennes,
L'Harmattan, 2000, page 174. Quand et où ont-ils été tués ?
Qui peu dire ici à quelle date et en quel lieu précis a eu lieu cette tuerie? J'ai eu entre les mains une autre source dont je ne me souviens plus du nom de l'auteur ni de l'ouvrage qui indique,
dans la rubrique perte françaises, dans préciser la date ni le lieu : 56 tués en 1956 à l'ouest d'Alger. Puisque seul l'accrochage de Saadouna a être oublié par l'histoire, le 14 tués cités par le
général Maurice Faivre et les 56 cités par une autre source ne seraient-ils pas tombés à Saadouna le 26 juin 1956 ?


Je tiens à préciser que l'Histoire a retenu et jugé que la guerre d'Algérie avait opposé une superpuissance mondiale post industrielle et électronique à des tribus berbères antédiluvienne. Cette
guerre est terminée depuis un peu plus d'un demi-siècle. J'invite donc à un débat apaisé, à laisser : la haine, les pensions et les couteaux au vestiaire.

aissa@gmx.fr 01/12/2014 18:14

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J'ai bien précisé qu'l'époque des faits j'avais 11ans et j'étais berger-chouf de la révolution algérienne. Comme 100% des bergers de mon âge et de mon époque, j'étais analphabètes et illettrés, je
ne savais ni lire un seul caractère alphabétique ni écrire un seul chiffre. Je ne pouvais donc pas tenir un journal qui me permettrais plus tard de citer les faits avec des dates précises comme le
ferait un officier ou historien. S''il y a erreur sur la date de l'évènement, elle est de bonne foi.
J'ai précisé dans mes notes que le convoi militaire composé : d'un Half-track, une Jeepe-PC et de 2 GMC, qui ont remonté la vallée de Kellal jusqu' aux gorges d'Izérouane, nous nous (une dizaines
de personnes) trouvions sur la terrasse de notre maison commune située à Aghzou-Yettou, sur le versant ouest, à une distance variable d'entre 500 à 1500 mètre à vol d'oiseau. Et toujours selon la
même estimation approximative , le convoi nous avait surpris, à environ une heure avant le ciucher du soleil alors que nous nous trouvions, une dizaine de personnes, sur la terrasse de notre maison
commune située à Aghzou-Yettoun sur le versant ouest de la vallée, entrain de jouer aux apprentis astronomes, de scruter le ciel dans l'espoir d'y voir le nouveau croissant de lune annonciateur de
la fête de l'Aid Kébir. Or, la plus grande fête musulmane a lieu le 10 du mois lunaire.
Et on a extrapolé que le fête 'Aïd el Kébir a eu lieu le 19 juillet ou le 20 juillet 1956. Cette date n'a rien avoir avec l'accrochage de Saadouana. Je rappelle que cet évènement avait nécessité
l'intervention de renforts de tirailleurs sénégalais, à l'aviation, d'un ballais d'ambulances. Et qu'au moins 2 soldats métropolitains tombés à Saadouna ont été enterrés au cimetière chrétien de
Gouraya et au moins 22 soldats africains ont été incinérés dans leur cercueil en bois blanc dans un coin du même cimetière.
Des officiers hautement lettrés, qui tiennent un journal, qui donne à un évènement historique une date aussi fantaisiste que la date du 19 ou du 20 juillet 1956 et une géographie aussi
caricaturale, ne saurait être admissible.
La géographie. Le Bois Sacré, ancienne résidence d'été de M. Léonard, de l'un des gouverneurs généraux d'Algérie, se trouve à environ 2 kilomètre à l'ouest de Gouyara. Cette résidence est traversée
par son milieu par la route nationale numéro 11. Toujours à l'ouest du Bois Sacré, à environ 1000 mètres, se trouve un Oued enjambé par un pont métallique. Les panneaux placés des deux côté du pont
indiquent : "Oued Kellal". A environ 2 kilomètre au sud, la vallée se termine par des gorges d'Izérouane, étroites et sinueuses, parsemées de cascades et d'éboulis de la taille des menhirs. Il y
avait dans ses gorges une mine de fer dont l'exploitations avait cessée avec à cause de la guerre d'Algérie. Il ya avait une route, et non pas une piste, qui relayait la route nationale numéro 11 à
la mine. Il fallait bien équiper la carrière et évacuer le minerai.
L'oued Mazoum se trouve à l'est de Saadouna, à l'est du Bois Sacré, à l'entre ouest de Gouraya. Je ne connais pas ce oued là qui n'a rien avoir avec l'oued Kellal. En berbère local oued Kellal se
nomme aussi "Ighzer Ikellalen".
L'Etat algérien à érigé une sorte d'arc de triomphe à Saadouna. On m'a dit, sans que j'ai pu le vérifier que la date retenue pour l'accrochage de Saadouna est celle du 26 juin 1956. L'évènement à
bien eu lieu au moins 12 jours avant l'Aïd el Kébir. Cette date, qui n'a rien avoir avec celle du 19 ou du 20 juillet retenue par certains officiers du 22ème RI est tout simplement fantaisiste et
la topographie des lieux caricaturale. Il n'ya jamais eu d'accrochage entre les nationalistes algériens et les forces coloniales dans la vallée de Kellal en juillet 1956.
Un accrochage qui aurait fait un mort et deux blessés légers, qui auraient regagné leur base à pieds, nécessiterait-il l'intervention des renforts de tirailleurs sénégalais, de l'aviation, un
ballais incessants d'ambulances, l'édification d'un monument par l'Etat algérien ?
Le général Maurice Faivre a écrit dans l'un de ses ouvrages, sans préciser la date exacte ni le lieu de la tuerie : "14 tués du 22ème RI en 1956" (archives inédites de la politique algérienne,
L'Harmattan, 2000, page 174.
Quelqu'un peut-il préciser quand exactement où précisément ces 14 soldats du 22ème RI ont ils été tués ? N'aurait-on pas minoré le chiffre de soldats métropolitains tués et passer totalement sous
silence celui des tirailleurs africains ?

Jean-Claude PICOLET 09/06/2014 22:58

Mustapha Melzi, un ancien djoundi (soldat) qui a fait partie du commando zonal Abdelhak, m'a fait parvenir son témoignage. Il a participé à l'embuscade de Lalla Ouda du 28/02/1957. Il était
également présent à Sadouna le 18/07/1956.
Il confirme mon analyse publiée le 4/11/2013 sur ce blog. Et du même coup le récit de Maurice Mouterde publié le 25/01/2014.
Le 18/07/56, le commando Abdelhak a bien été accroché à Sadouna par une unité du 22e RI. Selon lui les pertes du 22e se sont élevées en tout et pour tout à 4 hommes atteints sans qu'il puisse
préciser le nombre des morts et blessés. Maurice Mouterne précise lui un mort et 3 blessés dont il donne les noms.
Une nouvelle fois le "petit berger" qui a annoncé 60 morts dans ses récits, publiés notamment par le "Nouvel Obs, démontre ainsi l'énormité de ses affabulations. Ses témoignages ne sont donc
absolument pas crédibles comme nous l'avons aussi prouvé pour Lalla Ouda. Nous n'insisterons pas. Il vaut mieux l'oublier définitivement.

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