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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 21:15

LE MIRACULE DU 9 JANVIER 1957

 

 

 Depuis plusieurs mois j’étais affecté au camp de  la maison forestière de Tizi- Repos-a-la-maison-forestiere-de-TIZI-FRANCO-photo-P.JANIN.jpgFranco et le temps me paraissait très long. Quelques jours  avant Noël nous avions entendu parler à la radio des boites d’allumettes de Jean NOAIN, c’était un petit cadeau qui devait nous être envoyé par des jeunes filles de France pour  Noël. J’y ai juste trouvé un petit mot ! Çà ne m’a pas beaucoup marqué et je m’en rappelle tout juste …

A cette même époque nous attendions un convoi de ravitaillement et comme à chaque fois nous assurions une ouverture de route. L’ouverture de route consiste principalement à s’assurer qu’il n’y a rien d’anormal sur le trajet que doit prendre le convoi, cette opération se fait avec une dizaine d’hommes armés, sur le piton qui domine la route. Ce jour là sur le sommet, la patrouille est attaquée sérieusement et les échanges de coups de feu sont nombreux. Le sergent qui commande le groupe organise immédiatement la contre attaque, hélas un premier homme est blessé et le radio envoie un message demandant du renfort et l’ambulance. J’étais l’infirmier de service et sur ordre du capitaine je suis parti avec quelques copains dans le premier 4x4 disponible. Sur le terrain un copain avec une balle dans le coude, un autre avec une blessure à la jambe auxquels je dispense les premiers soins sur place tandis que au dessus de nous çà tirait fort de chaque coté. Un copain m’appelle pour une blessure plus grave à la poitrine et sous les échanges de tir je rejoins mon copain blessé,  lui met un pansement rapidement et on m’aide à le mettre hors de porté des coups de feu. On l'installe au mieux dans le 4x4. Je me rappelle que ce pauvre garçon souffrait terriblement, retour rapide au camp et appel d’urgence pour  les blessés dont un atteint très gravement. L’hélicoptère arrive avec un médecin et les blessés sont envoyés à l’hôpital Maillot à ALGER. L’embuscade se termine par la fuite des rebelles et nos camarades reviennent au camp assez marqué par ce combat très rude. Après un bref compte rendu du sergent, le capitaine  félicite ses hommes pour la bonne tenue au combat, et moi  pour les premiers soins au blessés.        Un peu plus tard le convoi de ravitaillement est arrivé sans problème.   

 

Quelques jours après, je suis descendu avec un autre convoi pour rendre visite à nos blessés et leur apporter leurs affaires personnelles. J’ai pu voir mes camarades et je suis remonté avec ce convoi du 9 janvier 1957, à l’aller pas de problèmes si ce n’est que ce convoi ne bénifiçiait pas de la protection  de l’aviation et n'avait pas de blindés en couverture.

Convoi-de-ravitaillement-pour-AZIEM-photo-Pierre-JANIN.jpgCette piste est très sinueuse et étroite avec des endroits ou les GMC sont obligés de manœuvrer pour pouvoir tourner dans les virages en épingle à cheveux, et à cet instant les camions sont très vulnérables. Après avoir rendu compte à mon capitaine de ma mission et donné des nouvelles de nos camarades  il me demande de redescendre dans  ce convoi  avec pour mission d’emporter des armes à réparer à Marceau. J’accepte et je repars sur MARCEAU. Je monte dans le 3ème GMC avec mes copains, Michel HY et André PAVIE.

          Il fait beau et nous sommes en tenue légère assis à parler à l’arrière du GMC. D’un seul coup le camion stoppe et  de suite la mitraille fait rage mes deux camarades sont tués net et tombent dans le camion je sens un forte douleur à la main gauche et sans réfléchir je saute du camion et me retrouve sur la route. Les balles sifflent autour de moi et ainsi que des grenades, et c’est l’assaut, les hurlements des rebelles, l’odeur de la poudre. A l’avant j’entends les copains riposter, la bataille fait rage, je n’ai pas d’arme, je descends vers  l’oued et retrouve un copain qui essaie comme moi de remonter de l’autre coté. Je ressens une douleur dans la jambe gauche, le sang coule mais je peux ramper, on me tire dessus, les balles sifflent à mes oreilles, je me cache derrière un rocher et à cet instant précis on ne tire plus sur moi. Je me relève  et stupeur 3 fellaghas  devant moi dont un avec un fusil de chasse " haut les mains" sale Français que fais tu ? Où vas tu ?….Je n’ai pas le temps de répondre un des trois me donne des coups de poing, je tombe à terre dans une rigole on me tape encore, celui qui a le fusil le baisse  le pose sur moi et tire. Par réflexe je donne un coup de genou dans le fusil, le coup part  je ressens une très grande douleur dans mon genou, çà fait très mal, je suis au sol, j’entrouvre les yeux ! Je vois l’homme ouvrir son fusil et extraire la douille de sa cartouche, une cartouche bleue (dans ces circonstances on n’oublie.. pas, et il n’avait q’une cartouche) il me relève me prend par le bras et commence à me traîner par terre, j’ai très mal je serre les dents, je  vais hurler …à cet instant précis l’aviation arrive en renfort  le rebelle me lâche et part en courant, ouf !!! Quel sale moment je viens de vivre, j’avais surtout peur que me voyant vivant ils m’achèvent à l’arme blanche. La nuit tombe  j’entrevois les camions en feu et j'entends des explosions. Je ne sais pas s’il y a d’autres copains autour de moi j’essaie en  rampant de remonter je ne peux pas, j’ai trop mal, je crois les renforts  arrivés mais il fait nuit. Je reste donc seul et décide de me cacher et d'attendre le lendemain.

 Je sais par expérience qu’il y a toujours une opération militaire derrière une embuscade. Je regarde mon genou et je me fais un petit pansement avec un bout de ma chemise et me cale dans mon trou. Je suis là pour la nuit, je me suis probablement assoupi je ne me rappelle plus. Il fait froid (nous sommes à presque 1000 m d’altitude et au mois de janvier). Je n’ai que ma chemise sur le dos et encore à moitié déchirée, j’ai du sang partout, la figure me fait mal et je me remonte le moral en pensant que l’on va me retrouver. Il me semble que j’ai dormi.

 Le jour se lève, j’entends parler un dialecte que je ne comprends pas, je recommence à avoir peur. Soudain j’entends crier "il y a un mort ici". "Il y a  un mort" ! Ouf !! Je crie ne tirez pas, ne tirez pas, "il y a un blessé ici". A côté  de mon trou il y avait un militaire tirailleurs-du-15-RTS-2.jpgSénégalais qui ne m’avait pas vu ! De suite ils sont arrivés vers moi m’ont pris en charge, pas de brancard ! On me charge sur le dos d’un soldat et en rampant il me remonte sur la route  mais là j’ai encore eu très mal. J’étais sauvé ! Quelle joie. On m’a donné des oranges, les soldats Sénégalais me protégeaient il ne fallait pas me toucher. Le Général SALAN est passé me voir et m’a demandé par où étaient partis les rebelles j’ai indiqué la direction que j’ai pu voir, puis on décide de me descendre vers MARCEAU pour les premiers soins. Je suis posé sur un brancard dans le GMC, la piste est un chemin de terre, et à chaque cahot j’ai mal, les deux militaires qui m’accompagnent crient après  le chauffeur qui n’y est pour rien, c’est l’état de la piste. Enfin, j’arrive à MARCEAU où je retrouve le docteur QUILICHINI que je connaissais. Après les premiers  soins, il me rassure sur ma blessure et me dit avoir pensé  que je ne devais pas être parmi les morts de cette terrible embuscade, que je devais m’en sortir…..J’ai été évacué par hélicoptère vers l’hôpital de Miliana ou j’ai  eu la chance de tomber sur un excellent jeune  chirurgien rappelé  qui m’a parfaitement opéré et sauvé ma jambe. J’y ai retrouvé des copains blessés dans la même embuscade. Je suis resté plusieurs mois dans cet hôpital où j’ai été très bien soigné.

 

 

APRES L’EMBUSCADE  L’ HOPITAL

 

 Silence total des médias de l’époque, on en parle pas je crois savoir qu’il y a eu une petite info sans trop de précisions sur un journal Parisien. Mes parents n'ont su que j’étais blessé que par une lettre écrite par l’infirmière car moi je ne pouvais pas écrire !!!!!! Et une bonne semaine après.

Hopital-militaire-de-Miliana.jpgL’hôpital de Miliana  est en grande partie tenu par des sœurs, étant arrivé après avoir passé la nuit sur les lieux des combats je suis un miraculé, et fais l’objet de toutes les attentions d'autant que la veille des blessés  très gravement touchés sont arrivés et l'un d'eux est décédé.

J’ai à côté de moi Henri CAN, il a reçu des chevrotines dans le dos, les jambes, les cuisses  et ça sort tout seul, mais il a bien mal. La nuit nous ne dormons pas, nous avons peur et nous causons beaucoup il faut dire aussi, qu’il y a au dessus de notre chambre un chef rebelle en soin, il est gardé mais quand même. Après deux jours en observation, je suis opéré et la jambe coincée dans un plâtre total avec une fenêtre pour les drains à remuer chaque jour et en sus nettoyer la plaie. Cà fait très mal, mais on s’habitue. Il fait beau le soleil est là et il réchauffe les coeurs.

      Un jour le médecin Capitaine vient nous remettre la croix de la valeur militaire. Elle Valeur_Militaire.jpgfait le tour de la chambrée, car il n’en a qu’une et il ne peut pas nous la laisser.

 Quelques semaines ont passé,  je vais mieux, j’ai mes béquilles pour me déplacer et ça ne se passe pas trop mal.

Un jour je reçois la visite d’une famille qui a  été attirée par mon invraisemblable histoire, et mon nom. Le monsieur ! Je ne me souviens plus de son nom, à connu ma tante à l’école de Rodez. Cela m’a permis de passer des week-ends agréables au domicile de ces gens qui m’invitaient gentiment. J’ai reçu également la visite des militaires qui m’ont trouvé c’était très émouvant ils m’ont apporté du champagne et on a trinqué. Nous avions toujours de grandes difficulté à dormir et pour passer le temps on jouaient à la belotte avec les infirmières de nuit. Je me souviens d’une dame qui n’aimait pas perdre, elle faisait le tour de sa chaise plusieurs fois pour conjurer le sort. On s’est bien amusé. Je vais mieux  on songe à me rapatrier sur Paris. Cela fait 4 mois que je suis à l’hôpital de MILIANA.

  Mon copain Henri est parti, je suis l’ancien car d’autres blessés sont également partis en permission. C'est mon tour, on vient me chercher en ambulance qui traverse la campagne sans escorte, je ne suis pas rassuré. Enfin j’arrive à l’hôpital Maillot  à ALGER, je suis à la section des blessés et attend le rapatriement. Un jour je rencontre le Docteur QUILLICHINI qui m’avait soigné après l’embuscade lui aussi est tombé au combat très gravement blessé aux poumons, il me dit avoir pensé à moi quand il a été touché, car il est tombé dans un ravin mais est resté seul moins longtemps que moi,  et puis on se sépare …la vie continue, je n’ai pas de soins particuliers pas de rééducation, j’attends.

Enfin le jour du départ vers Paris est programmé on doit se lever de très bonne heure, quatre heures du matin, on est paré et avec d’autres blessés dont certains très gravement, le convoi prend la direction de l’aéroport, on monte dans un avion à double Noratlas-2501.jpgqueue pas confortable et très bruyant ….. Bof on rentre ! mais voila ce n’est pas si simple …. Après une heure de vol l’avion fait demi tour problème de moteur ….  Retour à l’aéroport d’Alger débarquement, rembarquement sur un autre avion …on est maintenant dans l’après midi …on repart sans avoir rien mangé. On arrive à Villacoublay un aéroport militaire discret, des ambulances militaires nous emmènent à l’hôpital Bégin à Vincennes ou nous arrivons vers 10 heurs du soir, nous demandons à manger; Rien ! On nous demande de dormir et de la fermer … bonjour la réception.

Insigne-militaire-de-l-hopital-Begin-a-St-Mande.jpgDès le lendemain, j’ai la visite de mes parents, de ma famille et plus tard  des copains et de mon employeur. Je n’ai pas trop le moral c’est difficile de se voir diminué, handicapé, complexé, on ne me fait rien, je dois marcher seul et puis un jour je retrouve mon jeune lieutenant GODIE amputé de sa jambe et nous pouvons parler entre nous ça aide, le week-end je vais chez mes parents  je suis déprimé c’est dur, on est contre la guerre d’Algérie, mais la vie continue il faut se réintégrer,  handicapé c’est difficile et on n’est pas très bien considéré. On est complexé il faut garder le moral c’est une période très dure je boite, marche avec une canne, et j’ai mal au genou et à la jambe. Pas de soins j’attends !

 

      Ensuite j’ai été réformé avec un taux d’invalidité de 20 %, libéré  et rayé des effectifs le 1 novembre 1957 Je reprends la vie civile en boitant définitivement. Ma pension étant temporaire j’ai fait appel à plusieurs reprises pour revoir ce taux d’invalidité, j’ai pu obtenir 40°/°. Je vis normalement mais je boite, j’ai mal en permanence à mon genou et je ne peux rien faire, pas de sport. Je vis simplement, à mon travail j’occupe un poste administratif qui m’évite bien des soucis. En 1969 à Nancy je suis à nouveau opéré du genou  car j’ai encore un blocage plus important de l’articulation. Révision du taux de pension et passage à 50°/° je reste comme cela en ayant mal en permanence au genou  qui reste bloqué, ma jambe est raide et déformée je boite encore plus. J’ai mal au dos mon taux de pension est révisé et je passe à 80°/° d’invalidité.

Ma vie comme bien d’autres a été brisée à 21 ans ………. Encore heureux de m’en être sorti comme cela car malheureusement bien des copains sont morts et j’ai très souvent une pensée pour eux.

   J’ai obtenu comme décorations

                            

                       La médaille militaire depuis 1966

                       La croix de la valeur militaire avec étoile de bronze  depuis 1957

                       La commémorative AFN 

 

 

 

                            Claude M.

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Published by Michel - dans NOTRE VECU
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commentaires

Martzel 23/06/2017 14:42

Une triste période, faisant de nombreux morts de chaque côté.
Mon oncle est décédé dans cette embuscade, il avait 21 ans et ne demandait qu'à vivre.
Merci pour ce site riche en histoire.

FETIVEAU Michel 08/02/2014 09:22

A l'attention de Mr DRAUX.
Je possède vraisemblablement des photos de votre frère
Michel.

DRAUX JJ 07/02/2014 18:59

Merci à vous de penser aux victimes, mon frère Michel en faisait partie.

CONGIU CHARLES 18/05/2013 18:34

je suis le beau frere de james louis LEGER QUI EST DCD A L HOPITAL MILITAIRE D'ORLEANSVILLE SUITE A L EMBUSCADE DU 10 01 1957
JE PENSE TOUJOURS A VOUS TOUS.CORDIALEMENT

Benrennou mohamedB/ahmed 04/05/2013 13:27

que dis-je dire moi fils d un de ceux que vous avez tue:me laissant orphelin avec deux freres dont je suis l aine age de six ans.et ayant connus toutes les miseres pour survivre.

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