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11 février 2016 4 11 /02 /février /2016 18:34

UN NOUVEAU TÉMOIGNAGE SUR L'EMBUSCADE

DU 4 MARS 1959

 

Le 27 novembre 2015, j'ai publié un article sur cette embuscade, à la suite de deux témoignages.

 

Je viens d'être contacté par Gilbert VALADE, qui se trouvait à l'époque en poste à FRANCIS GARNIER, à la 5ème Compagnie du 2ème bataillon du 22ème R.I.

 

Il m'a confirmé, qu'avec sa compagnie, il avait participé le 4 mars 1959 à une importante opération, à l'ouest de MONTENOTTE.

 

En fin d'après midi, l'opération terminée, leur convoi comprenant, un half-track, une jeep, et 4 ou 5 GMC regagnait son cantonnement en passant par Ténès.

 

L'half-track, ouvrait la route, et il se trouvait dans le GMC qui suivait, avec quelques copains et plusieurs harkis, dont un ancien "fell", Slimane, rallié à notre cause. Ce dernier lors des déplacements en véhicules, prenait systématiquement, le FM 24/29 armé sur ses genoux et surveillait attentivement la route. Dans les nombreux virages après Ténès, il aperçut dans les broussailles qui surplombaient la route, un homme qui se cachait. Immédiatement, il ouvrit le feu dans sa direction, ce qui entraina une violente riposte des fells qui se croyaient découverts. L'effet de surprise n'existait plus, et seulement, les deux premiers véhicules se trouvaient engagés dans la nasse de l'embuscade. Les autres GMC, et la jeep du capitaine, étaient à l'abri des méandres de la route, et n'eurent à subir que le tir d'une mitrailleuse MG 42 qui avait été placée en tête de l'embuscade pour contrer d'éventuels secours en provenance de Ténès.

 

Mal positionnée par rapport au convoi qui l'avait dépassée, elle fît beaucoup de bruit mais heureusement peu de dégâts.

 

Sous le feu de l'ennemi, Gilbert put très rapidement enjamber la ridelle arrière du GMC, et se protéger dans le fossé de la route tout en faisant feu sur les assaillants. Son copain Philippe SENCE, n'eut pas cette chance, et fut très grièvement blessé.

Le chauffeur de l'half-track ayant été tué, le véhicule termina sa course dans le fossé.

 

A l'arrière, après s'être mis à l'abri des tirs adverses et organisé la défense, le capitaine lança très rapidement à la radio un appel aux secours et sollicita l'intervention de l'aviation. A peine un quart d'heure plus tard, un piper et 2 T6 étaient sur zone.

T6 en vol

T6 en vol

Ces derniers mitraillèrent le talus situé au dessus de l'embuscade et tirèrent leurs roquettes, ce qui obligea les fells à fuir.

sans l'intervention du harki avec le fusil mitrailleur, cette embuscade aurait été beaucoup plus meurtrière.

Deux noratlas 2501 prirent le relai des avions de combat, et lancèrent des lucioles pour permettre aux secours venus de Ténès de soigner les blessés, d'évacuer les plus atteints sur Alger, et récupérer les morts pour les rapatrier sur Ténès.

Plus tard, nous avons repris la route à l'envers en direction de Ténès pour rejoindre Montenotte où nous avons passé le reste de la nuit.

 

       Gilbert VALADE              Michel.

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16 mars 2014 7 16 /03 /mars /2014 09:05

UN NOUVEAU TEMOIGNAGE SUR L'EMBUSCADE

DU 9 JANVIER 1959 ENTRE TENES ET LE CAP TENES

 

J'ai déjà publié sur le blog plusieurs articles qui traitent de cette embuscade.

 

Dans l'ordre de parution :

 

- Le 15/02/2009. Le phare du Cap Ténès.

- Le 24/06/2009. Une station radio goniométrique au sommet du Cap Ténès.

-Le 16/03/2010. Témoignages sur l'embuscade du 9 janvier 1959 entre Ténès et le Cap Ténès.

 

Je viens d'être contacté par Claude GUY qui se trouvait dans le convoi, et qui fait partie avec une dizaine d'autres des rescapés de cette embuscade.

 

Je lui laisse la parole.

 

Claude GUY.

Extrait de mes mémoires écrites en 2011 et 2012, en hommage à mes amis décédés.

 

…….Après 3 mois de ce régime, l'avion me reconduit à ma base et j'en profite pour passer les pelotons.

 

Nouvelle affectation : un poste isolé en montagne a subi des pertes le 25 septembre 1958, cinq aviateurs sont tués dans une embuscade entre le poste bas et le centre "gonio" situé au sommet du Cap Ténès.

Ce poste se situe à environ 6 kms à l'Est de la ville de Ténès, en bordure de côte, entre Alger et Oran ; il faut remplacer les morts.

Un camion nous conduit à cette unité en passant par Orléansville, la route côtière est fermée à cause des embuscades permanentes dans cette zone, les rebelles sont nombreux et bien armés.

 

Sur nos gardes, nous traversons les montagnes et enfin nous arrivons dans ce poste réparti en deux positions, l'un près de la mer pour le stockage des besoins d'environ 30 soldats.

 Camp-des-aviateurs-au-Cap-TENES--2.jpg

 

Le poste de bord de mer. Photo Claude Guy.

 

L'autre au sommet de la montagne, qui abrite une station "gonio" pour diriger les avions.

 

Seule une surface de 100 m2, est disponible sur ce piton rocheux avec des à-pics impressionnants, un petit baraquement en pierre avec terrasse plate, les fenêtres masquées par des sacs de sable, une seule piste en terre et rocher donne seulement l'accès à un véhicule militaire Dodge 4x4 une fois par semaine pour le ravitaillement et le gasoil du groupe électrogène qui tourne en permanence.

 

tenespiton2-001.jpg

Le poste haut.  Photo Claude Guy.

 

Un poste de tir protégé par des sacs de sable pour le fusil mitrailleur est installé sur la terrasse pour les gardes de nuit.

Une guérite avec un garde armé protège l'entrée du poste, les gardes se succèdent toutes les deux heures, c'est monotone.

 

 CAP TENES LE PHARE

Le poste bas est bien visible à l'est du phare.

Le poste haut est à la pointe rocheuse la plus haute.

Photo site 22 RI.

 

caserneetphare.jpg

Le poste bas, un carré visible sur la droite du phare.

Photo Claude Guy.

 

Un bouc fait partie de l'effectif et de nos dérivatifs, il est remarquable pour voler les pommes de terre du cuisinier et partir les déguster, les quatre pattes posées sur la pointe d'un rocher inaccessible. Il doit avoir un ancêtre chamois !

 

Guyavecbouc.jpg

Avec le bouc au poste bas. Photo Claude Guy.

 

Dans la nuit les chacals viennent manger nos restes de repas : c'est l'occasion de tirer  et de réveiller tout le monde, il suffit de dire "j'ai vu bouger dans les rochers et j'ai tiré", tout le monde saute du lit puis retourne se coucher en maugréant ; c'est un dérivatif fréquent, ainsi que le tir des vautours qui tournent en rond toute la journée sur nos têtes, parfois ils se posent sur une arête rocheuse.

 

J'ai l'occasion d'en ajuster un au fusil Mas 36 et le laisse sur place avec un tir à 200 mètres, je souhaite le récupérer et pars attaquer l'escalade des rochers presque verticaux à mains nues sans équipement, j'arrive sous le surplomb mais ne peux atteindre ma proie, un regard en dessous m'inquiète, je suis très haut: trente à quarante mètres, mes jambes commencent à trembler, je dois maîtriser cette appréhension avant d'attaquer la descente qui fut très longue, il et plus facile de monter que de descendre.

J'ai enfin réussi à en tuer un au vol sur nos têtes, il mesure 3,50 mètres d'envergure mais il est intouchable tant il pue la charogne.

 

vautour-001.jpg

Le vautour. Photo Claude Guy.

 

Un avion de chasse T6 vient régulièrement nous rendre visite en vol, au ras du poste à notre hauteur, nous échangeons un signe d'amitié et il repart.

 

T6tenes-001.jpg

T6 en observation du secteur. Photo Claude Guy.

 

J'apprends par un sous officier comment s'est effectuée l'embuscade précédente du mois de septembre 1958, 5 morts. Les soldats montaient le matin avec le soleil dans les yeux pour approvisionner le poste haut et sur un mamelon les rebelles attendaient cachés derrière les rochers. Des tirs violents éclatent, tout le monde se jette à plat ventre et riposte, les rebelles se retirent, le sous officier de carrière présent est décoré.

 

Cà devient de la routine, toutes les semaines ou les 15 jours, je ne me souviens plus, nous nous rendons en convoi à Ténès depuis le poste bas pour nous approvisionner, faire les courses personnelles et pour beaucoup en fonction de nos moyens, aller à l'église !!..

Nous sommes la plupart équipés d'un pistolet mitrailleur Mat 49, avec les deux sacoches de chargeurs, c'est encombrant pour aller prier !!... un collègue doit garder l'arme.

 

mat49-001.jpg

Pistolet mitrailleur Mat 49.

 

Un half-track, équipé de deux mitrailleuses jumelées, ferme le convoi et, en raison des risques d'embuscade, un avion de chasse T6 vient survoler la colonne de 6 à 8 véhicules en moyenne composée de DODGE 4x4, GMC, Jeep.

 

La vie est monotone ; nous sortons rarement du poste, la pêche à la grenade le long des falaises nous permet d'avoir du poisson frais mais avec l'obligation de sauter à l'eau attaché à la taille par un fil pour être récupéré dans les vagues avec le poisson.

 

A-table-au-poste-gonio.jpg

Repas au poste haut quelques jours avant l'embuscade.

 

Un ami Maurice L.., servant l'une des mitrailleuses de l'half-track part en permission, je me propose de suite pour prendre sa place dont l'avantage est d'être porteur d'un pistolet 9mm moins encombrant pour circuler en ville et nous rendre à l'église!!...

 

Le convoi se met en route et serpente sur la piste pour aller au ravitaillement et récupérer un militaire condamné à quelques jours de tôle à Ténès.

 

Nous arrivons au centre ville et pendant le chargement nous en profitons pour faire nos courses personnelles et finir à notre lieu de culte habituel qui n'avait pas la qualité de ceux d'Alger… mais nous sommes déjà en retard sur l'horaire. Vite nous courrons vers le convoi, l'adjudant est en rogne, nous sautons dans notre engin blindé et, pour la première fois, il nous fait passer les premiers. Décision d'humeur qui m'a sans doute sauvé la vie.

 

L'avion de chasse T6 n'est pas au rendez vous.

Nous sommes en fin d'après midi le 9 janvier 1959, les véhicules serpentent dans la montagne , le côté droit de la piste est déboisé sur une vingtaine de mètres et à gauche un talus, parfois une murette et des bois.

Quand tout à coup, c'est une cadence de tir impressionnante en notre direction, le véhicule Dodge qui nous suit est le premier touché par une mitrailleuse postée en hauteur à environ cent mètres ; le chauffeur à la tête dans le volant, deux soldats sont morts dont Michel Lacassin sans arme assis derrière le chauffeur, d'ailleurs des taches de sang apparaissent sur la photo du 4x4, je vois le sergent Dousset Marcel s'éjecter et passer devant le véhicule pour sauter en bas de la route, il prend une rafale dans le dos et s'écroule. Il prendra dans la mort une teinte noire que je n'ai jamais observée parmi tous les morts qui ont jalonné ma vie, je lui fermerai les yeux. Le lendemain je compterai une vingtaine d'impacts de balles dans le 4x4.

 

4x4-dodge.jpg

Photo du Dodge 4x4 qui nous suivait, prise le lendemain.

Les ronds à la craie entourent les impacts de balles. Photo Claude GUY.

 

Dès la première détonation, j'ai armé la mitrailleuse à deux tubes et arrosé la lisière d'où venaient les tirs, la deuxième mitrailleuse, servie par un soldat de la marine, a fait de même; les soldats ont sauté dans les broussailles sous la route et commencé à tirer avec leurs armes individuelles. Notre chauffeur, paniqué à sauté dans les bois et disparu.

Sans chauffeur, je saute au volant pour reculer et essayer de donner un coup de main aux collègues dans les véhicules qui nous suivaient, mais nous ne pouvions pas voir le reste de la colonne, nous étions dans une courbe et très vite bloqué par le 4x4 et le corps du sergent. Nous sommes contraints de rester en position. Nous sommes pris à partie par des tirs directs, les balles sonnent contre les tôles de l'engin.

Les mitrailleuses nous posent des problèmes de chargeurs (dit camemberts car circulaires) les balles rentrent de travers et nous devons bricoler, ce n'est pas le meilleur moment pour la mécanique.

 

Des gendarmes mobiles, dans leur caserne de Ténès, alertés par les détonations sont venus au bout d'une demi-heure, nous donner un coup de main, équipés de véhicules blindés, dès que j'ai entendu les canons qui les équipent se mettre en action, j'ai senti un soulagement car j'étais persuadé que c'était la fin pour nous. (Avec une balle de 9mm toujours dans la poche, je ne serai pas pris vivant, nous avions connaissance des tortures infligées).

 

Ils remontent la colonne en tirant, un lieutenant saute de son engin et déplace les morts étalés sur la piste pour faire passer les engins, ils arrivent jusqu'à nous et nous disent "beaucoup de dégâts".

Je demande à l'un des premiers "sauveteurs", des munitions pour mon Mac 50, mes chargeurs sont vides, il me donne un de ses chargeurs de Mat 49 pour me réapprovisionner en 9mm.

 

Je vais constater les dégâts et vois un sergent blessé par une balle qui a percuté la crosse de son pistolet mitrailleur en bloquant la sécurité et en lui coupant un doigt, il me dit : "je l'ai échappé belle, plus d'arme, j'ai sauté du camion et me suis enfilé sous le pont arrière du 4x4, j'ai fait le mort, un fellous a lâché une rafale et m'a pris par les pieds et tiré hors du véhicule, ensuite il a récupéré mes lunettes et ma montre".

En l'observant je constate que 2 balles ont traversé ses vêtements sans le toucher, il revient de loin.

Je pense que cette boule de feu autour de l'half-track à dissuadé les fells de nous prendre d'assaut pour récupérer les armes du 4x4, le seul véhicule que nous pouvions voir.

 

Cette embuscade bien montée fait mal; "les fellous" sont repartis avec des armes mais pas de grenades. Nous n'en sommes pas équipés car par expérience elles sont utilisées pour les attentats en ville.

Sauf que pressentant une attaque, à ma demande, discrètement l'armurier m'avait remis une grenade défensive que je n'ai pas eu à utiliser.

 

L'adjudant Chapoulot commandant le poste est mort : il conduisait le dernier véhicule, une jeep où était concentré le maximum de tirs, habituellement c'était l'half-track qui fermait la colonne, le soldat à sa droite qui l'accompagnait, équipé d'un fusil mitrailleur est lui sérieusement blessé au bras, il a jeté son arme dans les fourrés et à rejoint la ville par les bois, nous récupérerons l'arme le lendemain, à l'arrière le soldat Bertaux Bernard est sauf, sa Mat 49 à fait office de bouclier et le gardien du phare André Dominici est mort.

 

Un vieil arabe et un enfant arrivent sur la piste, l'adulte ne pouvait pas ne pas être alerté par ce qui venait de se passer : certainement envoyé pour constater les résultats de cette attaque, il va passer un très mauvais moment.

 

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Photo d'un half-track prise dans la base. Photo Claude GUY.

 

Les blessés sont rapidement évacués vers les services sanitaires.

Les morts chargés dans les véhicules et les camions retirés des fossés et remorqués à Ténès où nous passerons la nuit dans une caserne de l'armée de terre.

 

Le bilan est lourd, huit morts, de nombreux blessés, des armes récupérées par les rebelles qui ont donné l'assaut après les premiers tirs très meurtriers, des véhicules sont inutilisables.

 

Nous ne reverrons plus les blessés, et resterons sans nouvelle d'eux, la vie continue.

 

Les morts seront réunis à Ténès pour une cérémonie funèbre, un lieutenant colonel beau frère du sergent Dousset sert la messe (sous réserve, enregistré dans mes neurones), nous sommes au garde à vous, et je promets de…..

 

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Cérémonie funèbre, je suis dans l'angle de la pièce. Claude GUY.

 

Le lendemain matin, nous rejoignons notre poste escortés par les véhicules blindés de la gendarmerie mobile.

 

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    Photo du retour à notre poste le lendemain. Claude GUY.

 

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Lieu de l'embuscade, l'half-track se trouvait au sommet et le 4x4 dans la courbe. Claude GUY.

 

Très rapidement la décision est prise par l'état major d'évacuer ces deux postes définitivement.

Les hélicoptères Sikorsky en vol stationnaire, il n'y avait pas de place pour se poser, se chargent de transporter le matériel du piton au poste du bord de mer que nous rejoignons tous.

 

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     Les Sikorsky en action.

 

Je dois rejoindre un hélico avec paquetage pour évacuer, et rejoindre la base principale pour une nouvelle mutation : c'est le survol des montagnes et nous rejoignons la plaine de la Mitidja.

 

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Hélico au départ de Ténès. Photo Claude GUY.

 

L'armée dans sa grande mansuétude ! M'accorde une permission de 8 jours pour la France. Notre embuscade est mentionnée dans les journaux métropolitains, quelques blessés parmi les forces de l'ordre (il ne faut pas apeurer la population et donner des informations au FLN).

 

Un peu d'humanité dans ce monde de brutes !

 

Je rejoins la maison de mon père veuf, il est absent : je l'attends devant la maison et l'aperçois qui monte lentement sur le trottoir. Soudain il se fige sur place en me voyant, la veille la gendarmerie venait de lui annoncer ma mort en Algérie, c'est la seule fois que j'ai vu pleurer mon père….. (La grande muette fait parfois des erreurs, je lui pardonne).

 

Je retrouve ensuite ma vieille grand-mère Philomène qui est à l'hôpital, c'est elle qui m'a élevé, elle est heureuse de me voir, elle est très proche de sa fin de vie, en est consciente mais me dit ne rien craindre. Très croyante elle est convaincu d'être attendue par son Dieu.

Après avoir subi toute cette période, mon Dieu personnel déjà en filigrane, en a pris un sacré coup.

 

Ma grand-mère bénéficiait d'une petite pension qu'elle distribuait autour d'elle. Elle cherche dans les replis de son lit d'hôpital et me tend un billet de 10 000 francs (1959); "Je savais que tu viendrais (Dieu avait dû la prévenir) et je t'attendais pour te les donner", je l'embrasse et éclate en sanglots, la mort est toujours présente autour de moi, le "guerrier" se lâche après ces périodes difficiles.

 

Elle décèdera trois mois après, le 12 avril 1959.

 

Retour de permission.

 

L'armée veut toujours des responsables concernant la dernière embuscade, le sergent décoré depuis peu est mis en cause : il aurait dû donner l'assaut comme il restait le plus gradé et le plus ancien. Ce serait à éclater de rire si ce n'était pas si grave. Il sera traduit devant le tribunal militaire, et je serai cité comme témoin avec le chauffeur et un autre soldat. Le général VEISS sera son avocat.

 

Je suis super révolté.

 

Son avocat nous dit : "vous ne pouviez pas agir autrement ce type d'embuscade bien préparée est toujours très meurtrière".

 

Je suis cité, on me donne la parole, je dis des choses désagréables.

 

Un grand silence, on me demande de sortir, un lieutenant colonel vient me voir dehors et me dit entre les dents: "GUY nous nous retrouverons".

 

Je n'en avais rien à faire, j'étais un appelé…..

 

….Il me sera difficile de croire à la justice militaire.

La plaidoirie  de son avocat n'avait rien changé.

 

Ces massacres sont l'occasion pour l'état major d'organiser de grosses opérations dans cette région avec le 1er REP, le commando Vietnamien et le 22ème RI. Ils feront un excellent travail, 67 rebelles abattus dont le chef dénommé Menouar, les mitrailleuses qui avaient participé à notre attaque ont été récupérées : il me semble des MG à hautes cadences de tir (1200 coups minute), les rebelles étaient mieux équipés que nous.

patrouilleguy-001.jpg

Pas de graisse excédentaire. Photo Claude GUY.

 

Dans mes mémoires réservées à ma famille, je parle souvent d'équipe, les hommes se protègent entre eux avant toute considération politique.

Comme dans toute guerre, il y a des moments difficiles mais aussi des périodes de fêtes parfois excessives;

 

Je quitterai l'armée en mai 1960 et resterai en Algérie pour créer avec quelques amis des activités commerciales.

C'est une autre aventure…. Qui se termine le 3 juillet 1962 dans l'anarchie, et les meurtres les plus horribles….

Rentrée en France difficile, j'ai 28 ans, plus d'argent mais la vie sauve…

 

En fonction des circonstances, l'homme est capable du meilleur et du pire, il est inutile de rechercher dans le passé, c'est toujours d'actualité.

 

 

J'ai clos mes mémoires par ce paragraphe.

 

 

Synthèse partielle du déroulé d'une vie, il sera fait abstraction de toute critiques vis-à-vis des personnes à tous niveaux rencontrées, des proches et des moins proches, je n'ai pas de compte à régler, la fin est proche.

 

Si les sentiments ne sont pas exprimés, ce sont peut être les traumatismes de l'enfance, ou de l'atavisme, ils sont néanmoins présents.

 

De ce long parcours fait de joies et de drames je retiendrai que la vie de chacun est faite de beaucoup de hasard et qu'il ne faut jamais choisir la voie la plus facile, elle est très encombrée.

 

 

                                               21/12/2012   Claude GUY

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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 09:55

L'EMBUSCADE SUR LA PISTE

MARCEAU - TIZI FRANCO

 

Cinq articles ont déjà été publiés sur le blog sur cette embuscade. Je vous les rappelle dans l'ordre de leur parution :

     Les - 16/12/2008.  L'embuscade du 9 janvier 1957.

            - 28/04/2009.  Témoignage de Marcel PARIS.

            - 18/11/2009.  Une embuscade comme cadeau d'anniversaire.

            - 25/11/2009.  Plusieurs témoignages sur l'embuscade du 09/01/1957.

            - 14/03/2013. Le miraculé du 9 janvier 1957.

 

Le 9 janvier 1957, j'étais en poste à Ténès depuis 8 jours à peine, et à cette époque je déjeunais et dînais tous les jours au mess des officiers avec à table face à moi un lieutenant du 2ème bureau, et à la table voisine, tous les officiers supérieurs de l'état major. A aucun moment je n'ai eu connaissance de cette embuscade, ni d'ailleurs de celle du 28 février 1957 !...

 

En m'inspirant de l'article écrit par Jean Claude PICOLET sur l'embuscade du 28 février 1957, je vais essayer de faire la synthèse de tous les documents que je me suis procurés sur cet évènement.

 

L'EMBUSCADE DU 9 JANVIER 1957.

Repos-a-la-maison-forestiere-de-TIZI-FRANCO-photo-P.JANIN.jpg        Photo Pierre Janin 

 

Ce 9 janvier au retour d'un ravitaillement à la maison forestière de TIZI FRANCO, un convoi militaire du 3ème Bataillon du 22ème RI tombe dans une embuscade sur la piste qui mène à MARCEAU. Le bilan humain est très lourd.

 

LES RAISONS DE MON INTERET POUR

CET EVENEMENT.

 

A la sortie de l'école d'officiers de CHERCHELL, nous étions trois Aspirants à avoir choisi le 22ème RI au détriment des "Paras" et même de quelques postes à la "Légion Etrangère", au grand désespoir des officiers instructeurs. Ce régiment reconstitué en totalité avec des rappelés, avait très mauvaise réputation.

Nous avions convenu de nous retrouver à MARSEILLE pour rallier notre poste le 31 décembre 1956. Notre ordre de mission nous demandait de rejoindre GOURAYA. Pour ce faire, nous avons bien imprudemment utilisé l'autobus de la ligne côtière "ALGER – CHERCHELL – GOURAYA". En route nous avons été arrêtés à un barrage militaire, et invités à quitter rapidement ce bus pour prendre un convoi et ainsi terminer notre parcours. A notre décharge, à l'école, si l'on nous enseignait l'art de la guerre et le commandement d'une section, on nous formait surtout à la pacification. A titre d'exemple, si nous disposions chacun d'un fusil "Garant M1", on nous avait remis seulement un clip et ses 8 cartouches, que nous devions coudre dans un linge blanc immaculé. Seules exceptions à cette règle, la garde à la poudrière, et la protection des fermes, où l'on nous remettait pour la cause, d'autres armes et leur lot de cartouches. Heureusement, nous n'avons jamais été attaqués et pourtant nous étions très souvent dans le djebel sans autre protection que la nôtre.

Entree-de-la-CCAS-a-GOURAYA-photo-Daniel-MALLET.JPG      Entrée de la CCAS à Gouraya.   Photo Daniel Mallet.

 

Arrivé à GOURAYA nous rejoignons rapidement les bureaux du 22ème RI, où nous sommes reçus par un capitaine auquel nous présentons nos ordres de missions. Ce dernier nous informe que le Colonel et l'Etat Major ont quitté Gouraya depuis déjà plusieurs mois et qu'ils se trouvent actuellement à Ténès. Il  prévient le Colonel de notre arrivée et nous signale que nous allons passer 2 jours en sa compagnie en attendant le prochain convoi. C'est lors du réveillon Du 31 décembre 1956 que ce capitaine nous informa que l'un de nous rejoindrait son bataillon, et nous demanda s'il y avait un volontaire. L'un de nous ayant une petite amie à Gouraya, le choix fut vite fait.

 

Nous nous sommes retrouvés tous les trois début janvier 1958 lors de notre démobilisation, et nous nous sommes raconté les moments forts que nous avions vécus au 22ème RI.

 

Ce camarade, dont malheureusement j'ai oublié le nom, nous raconta cette embuscade du 9 janvier 1957, il devait prendre le commandement de cette section, et se trouvait dans la jeep avec le Sous Lieutenant. Je l'ai raconté dans l'un des articles précédemment cités.

 

C'est pour cette raison, que je m'intéresse tout particulièrement à cet évènement.

 

LES SOURCES.

 

Je dispose de plusieurs témoignages ou documents officiels que je vais recouper et tenter ainsi de faire jaillir la vérité.

 

            1) – Le rapport du Capitaine Claude RONGIER commandant par intérim le III / 22 RI. Ce document officiel a été obtenu par Claude M auprès du service Historique de la défense. Il est complété par une liste nominative des morts, une liste nominative des blessés, et un croquis du convoi sur le lieu de l'embuscade.

            2) – Le compte rendu rédigé par le Commandant KUBLER et publié dans le journal du 22ème RI, le "DAHRA" présentant l'installation du 3ème Bataillon en Algérie dans le secteur de Marceau et donnant lui aussi une liste nominative des morts et une liste des militaires indemnes.

            3) – Le témoignage écrit de Claude M, gravement blessé, fait prisonnier quelques minutes par les HLL, puis abandonné lorsque l'aviation est arrivé. Il passa la nuit caché dans un buisson et fut retrouvé le lendemain matin par les secours.

            4) – Le témoignage écrit de Louis MARTIN, blessé au genou et à la main, il réussit à fuir par l'oued, fut récupéré par les secours et hospitalisé à Miliana.

            5) – Le témoignage écrit de Marcel PARIS publié sur le blog le 28 avril 2009. Deux de ses camarades furent tués dans cette embuscade.

            6) – Le témoignage écrit de Charles MEURISSE publié sur le blog le 18 décembre 2008. Charles conduisait la jeep dans laquelle se trouvaient le Sous Lieutenant GODIE, l'Aspirant qui devait le remplacer ultérieurement, et 2 soldats. Son véhicule qui était placé en seconde position dans le convoi fut protégé par le GMC qui le précédait ce qui sauva la vie des occupants.

            7) – Le témoignage écrit de Christian GERARD publié sur le blog le 25 novembre 2009. Christian avait lui aussi deux amis dans le convoi qui sont décédés. Il faisait partie des premiers secours, et participa à la mise en bière des corps, puis à l'enterrement à NOVI.

            8) – Un article paru dans " Le soir d'Algérie" écrit par Mr BELARBI, qui nous livre sa version de cette embuscade. Cet article a été publié sur le "Net" à l'adresse suivante.

  http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2006/01/09article.php?sid=32915&cid=23

 

LE LIEU DE L'EMBUSCADE.

 

Le rapport du Capitaine RONGIER (1) situe l'embuscade en LY 75 B 15. On ne peut pas être plus précis. L'emplacement est judicieusement placé au 2/3 de la piste en partant de MARCEAU où se trouvaient les renforts les plus importants, donc un parcours plus long, laissant aux moudjahidines plus de temps pour décrocher et échapper aux éventuels poursuivants.

emplacement-de-l-embuscade-du-09-01-1957.jpg      Les 2 flèches noires précisent le lieu de l'embuscade.

 

Comme nous pouvons le constater sur le plan ci-dessus, la piste est sinueuse, et encore l'échelle du plan ne donne qu'une pâle idée de la réalité. Avec des virages en épingles à cheveux, où les GMC, étaient obligés de faire des manœuvres pour les monnayer. Claude M (3) et Louis MARTIN (4) m'ont précisé que pour faire ces manœuvres il fallait quelquefois descendre des véhicules pour décrocher la remorque, ou la tonne à eau. Les véhicules étaient dans ces moments très exposés. J'ai interrogé ces deux témoins sur la distance qui séparait MARCEAU de TIZI FRANCO, tous deux m'ont répondu qu'il ne fallait pas raisonner en kilomètres, mais en temps, tellement la piste était difficile.

 

Je ne possède aucune photo du lieu de l'embuscade.

 

LES FORCES EN PRESENCE.

 

Les militaires du convoi dépendaient de la 10ème Compagnie du III / 22 RI. Ils étaient en poste à MARCEAU où ils logeaient dans une école. Le rapport du Capitaine RONGIER (1) établi après avoir consulté le chef du convoi le Sous Lieutenant GODIE nous donne une description très précise de ce convoi.

 

Les véhicules circulaient dans l'ordre suivant :

TAOURIRA-on-charge-le-GMC-de-pierres.jpg      GMC avec tourelle, la mitrailleuse n'étant pas en place. photo Georges Paysac.

 

-         Le GMC blindé armé d'une mitrailleuse 12/7 sur tourelle.

-         La jeep du chef de convoi.

-         2 GMC.

-         1 Chevrolet

-         1 Jeep

-         1 Half-track équipé de 2 mitrailleuses.

 

Le personnel de la section d'escorte était divisé entre les 3 GMC.

 

Quant au nombre exact de militaires dans le convoi, le rapport ne le précise pas, mais si l'on comptabilise : la section d'escorte = 30 hommes, les 7 chauffeurs, l'équipage du Half-track 4 hommes, les 2 officiers + les militaires de la 9ème compagnie qui avaient pris place à bord des véhicules pour descendre au P.C. du Bataillon à NOVI ce qui était le cas  de Claude M. On peut donc l'estimer  autour d'une cinquantaine.

 

Christian GERARD (7) dans son témoignage indique qu'à l'aller, il y avait de nombreux militaires sans armes qui, revenant de France rejoignaient leur base à TIZI FRANCO, ils passèrent sans dommage devant les HLL.

 

Pour Mr BELARBI (8) le nombre de militaires dans le convoi au moment de l'embuscade est très supérieur, car il annonce 70 morts?...

 

J'y reviendrai.

 

L'ALN.

 

Mr BELARBI (8) précise que l'ALN avait regroupé pour cette opération 4 sections, une centaine d'hommes. Je dirais plutôt 120.

De notre côté, Louis MARTIN (4),  Charles MEURISSE (6) et l'aspirant qui commandait en second le convoi ont déclaré avoir vu sur le terrain environ 200 postes de combat. Ces deux chiffres ne sont pas incompatibles, en effet nous pouvons penser qu'en sus des combattants, il y avait des porteurs pour transporter le matériel récupéré.

 

La supériorité numérique au profit de l'ALN était de 1 pour 2. Si l'on y rajoute l'effet de surprise et l'avantage du terrain qui surplombait les véhicules, on comprend mieux l'effet dévastateur de cette embuscade.

 

LES PREPARATIFS

 

Je laisse la parole à Mr BELARBI (8).

Cette attaque préparée minutieusement par un vaillant moudjahid SI HAMDANE BENMOUSSA avait pour objectif de récupérer des armes pour doter les nouvelles recrues, notamment des collégiens et des lycéens qui avaient rejoint le maquis après les grèves.

Il avait constaté que régulièrement un convoi militaire procédait à l'approvisionnement du poste de TIZI FRANCO à des heures plus ou moins fixes, partant de CHERCHELL et passant par MARCEAU.

 

Le jour de l'embuscade, à partir des maisons du douar où ils étaient embusqués, les éléments de l'ALN observaient le mouvement de l'ennemi. Mais pour des raisons de sécurité, les maquisards avaient jugé utile de n'intervenir qu'au retour du convoi, sachant qu'à cette période de l'année la nuit commençait à tomber à partir de 16h30.

S'assurant que les militaires étaient arrivés à TIZI FRANCO, un fossé au travers du sentier s'est vite creusé par les moudjahidines aidés par les habitants du douar, dans le but d'immobiliser à son retour le convoi.

Une-coupure-de-piste-a-TIZI-FRANCO-photo-M.PARIS.jpg      Photo Robert Ageron

 

L'ARMEMENT

 

L'ALN

 

Aucune précision n'est apportée sur leur armement, sinon que Mr BELARBI (8) indique : SI HAMDANE BENMOUSSA déclencha la mitraillade à l'aide de son MAT 49. On peut toutefois penser qu'ils étaient équipés de vieux fusils de guerre, de fusils de chasse qui avec des balles ou des chevrotines sont des armes très maniables et très meurtrières à faible distance, et des grenades.

 

Le 22ème RI.

 

A de rares exceptions, tous les militaires étaient armés. Claude M en poste à TIZI FRANCO descendait à MARCEAU pour y faire réparer 3 armes. Seuls les militaires qui partaient en soin ou en permission n'étaient pas armés.

Comme toute section de combat, il devait y avoir un FM 24/29, 2/3 de fusils GARANT M1, et 1/3 de MAT 49, et peut être un fusil lance grenades. Les différents rapports n'apportent aucune information à ce sujet.

 

Un GMC blindé était équipé d'une tourelle avec une mitrailleuse 12/7.

Un Half-track avec ses 2 mitrailleuses, une de 30 (7,62) et une de 50 (12,7)

 Sur-la-piste-d-AZIEM-photo-Marcel-PARIS-copie-1.jpg      

 

Par contre ce convoi ne bénéficiait pas ce jour là de couverture aérienne. Tous les témoins à l'exception de Mr BELARDI (8) sont d'accord sur ce point. Le convoi était parti avec du retard de MARCEAU, car il attendait l'avion qui n'est pas venu.

Mr BELARBI (8) parle de deux avions "Jaguar", quand on sait que cet avion dans sa version de combat, a fait son premier vol le 23 mars 1969, on comprend aisément qu'il ne pouvait pas protéger le convoi. Enfin, si "avion" il y avait eu, la coupure de piste aurait été facilement décelée et le convoi arrêté avant l'embuscade.

 

LE TERRAIN.

 

C'était une piste difficile, sinueuse et aménagée très sommairement. Il existait bien une seconde piste plus à l'ouest qui desservait au passage la maison forestière de BOUSMANN, mais cette dernière avait été abandonnée après la libération des premiers contingents de rappelés, courant novembre, faute d'effectif. Cette dernière piste était encore beaucoup plus difficile que la piste "Est" et n'était plus utilisée.

 

Le Capitaine RONGIER (1) fait une description précise du lieu de l'embuscade :

"En LY 65 B 15 la piste décrit une courbe à grand rayon d'une longueur de 300 mètres environs (voir croquis ci-dessous).

Croquis-de-l-embuscade-du-09-01-1957.jpg

 

Cette piste est bordée du côté gauche (sens de la descente) d'un talus de 2m50 à 3m de haut au dessus duquel le terrain est couvert de buissons de 1 mètre de haut maximum. C'est dans cette partie de l'itinéraire que les rebelles avaient tendu l'embuscade.

 

L'étude du croquis ci-dessus, permet de  constater que tous les véhicules sont restés sur la piste. Que le convoi à l'arrêt s'étalait sur environ 150 mètres. Enfin, l'indication d'un oued, (l'oued ANACER vraisemblablement), corrobore les déclarations des militaires qui se sont enfuis dans le lit de cet oued.

 

LE CHOC.

 

Mr BELARBI (8) déclare : Les 4 sections des moudjahidines arrivèrent au douar des BENI BOUSSALAH deux jours auparavant afin de préparer minutieusement l'opération. Le 9 janvier au matin, les forces rebelles étaient donc sur le lieu de l'embuscade et pour des raisons de sécurité laissèrent le convoi filer sur TIZI FRANCO.

 

Dans son rapport le capitaine RONGIER (1) précise : Le convoi quittait TIZI FRANCO à 15 heures 15, sur cette piste extrêmement difficile et sinueuse, les véhicules roulaient à 50 mètres les uns des autres. Le convoi descendant aborda le lieu de l'embuscade vers 15heures 40, le véhicule de tête apercevant la coupure de piste stoppa et tous les véhicules en firent autant ce qui occasionna un certain resserrement des 3 véhicules de tête (voir croquis ci avant). Au même moment les rebelles cachés dans les buissons au dessus du talus déclenchèrent un feu violent d'armes automatiques (PM) et de fusils de guerre et de chasse, sur le convoi. Après un instant de stupeur, l'escorte réagit par le feu sur un ennemi invisible et qui le dominait. Puis sautant sur le talus, le chef d'escorte le sous lieutenant GODIE, rassemblant les valides des 2 camions de tête et de sa jeep, essaya de déborder les éléments rebelles par un petit oued, mais ils furent repoussés et rejetés de l'autre côté de la piste. C'est vraisemblablement à ce moment que GODIE fut blessé.

 

A l'autre extrémité du convoi les premières rafales rebelles furent suivies d'un assaut à la grenade des quatre véhicules. L'escorte se défendit vaillamment mais devait succomber sous le nombre. L'ensemble du combat dura 40 minutes environ, évaluation faite par les rescapés et confirmé par le renfort.

 

Je donne maintenant la parole aux survivants.

 

Louis MARTIN (4) qui se trouvait dans le dernier GMC du convoi nous précise. Dès le début de l'embuscade je sautais à terre avec quelques camarades et nous nous réfugions sous le GMC. La mitraille redoublait et nous ne pouvions pas riposter. Avec mes camarades, nous décidons de fuir en direction de l'oued qui borde la piste. C'est en traversant cette dernière que je fus blessé au genou. Nous réussissons avec mes camarades à rejoindre le lit de l'oued et à fuir. Nous retrouverons un peu plus loin un autre groupe qui comme nous avait réussi à se mettre à l'abri des tirs ennemis.

 

Quant à Claude M (3) qui se trouvait dans le second GMC, deux de ses camarades furent tués dans le véhicule dès les premiers coups de feu. Légèrement blessé à une main, il sauta sur la piste et descend dans l'oued où il retrouve un copain. Blessé à nouveau à la jambe gauche, il se cache derrière un rocher. Retrouvé par les fellaghas, il échappe miraculeusement à la mort, et est abandonné grâce à l'arrivée de l'aviation (des T6) qui mirent en fuite les HLL. Il passa toute la nuit sur le terrain et fut retrouvé le lendemain matin par les tirailleurs Sénégalais. Claude me précisa que l'un des premiers morts de cette embuscade, fut le servant de la mitrailleuse du premier GMC.

 

De son côté Charles MEURISSE (6) chauffeur de la jeep du Sous Lieutenant, placée en seconde position dans le convoi, précise. Le premier véhicule s'arrête un peu avant le fossé creusé sur la piste. Derrière, je stoppe brutalement le Lieutenant à côté de moi est éjecté ce qui le sauve, car à ce moment un feu nourri éclate sur le côté. Le lieutenant rassemble les survivants de tête, 6 soldats. Nous nous glissons sous le camion, puis tentons une contre attaque. Rejeté nous nous enfuyons dans l'oued. C'est vraisemblablement à ce moment que le lieutenant fut blessé et qu'il se cacha dans un buisson d'épineux. Nous suivons le cours de l'oued jusqu'à  ce que nous rejoignons quatre camarades de l'arrière du convoi qui comme nous avaient fui. Notre lieutenant fut retrouvé par les secours et héliporté vers l'hôpital MAILLOT à ALGER.

evacuation-des-morts-embuscade-photo-E.COURRALY.jpg     Evacuation des blessés. Photo Edmond Courraly.

 

Le Capitaine RONGIER (1) dans son rapport, précise.

Les coups de feu et les éclatements furent entendus à MARCEAU poste de la 10ème Compagnie à 15heures 45. Aussitôt, le lieutenant GAILLARD commandant cette compagnie alerta la seule section dont il disposait et la fit embarquer dans les véhicules. Parallèlement il rendit compte au sous secteur (communication obtenue à 16 heures) et demanda l'envoi immédiat d'avions sur le lieu du combat, puis parti avec son convoi.

Les renforts partis de MARCEAU arrivèrent sur le lieu de l'embuscade à 16heures 30 et les renforts aériens à 16 heures 35. A ce moment le combat avait cessé. D'après les blessés ramassés sur le terrain, les rebelles se seraient retirés dès qu'ils entendirent les avions et les camions qui approchaient. Ce que confirme Claude M (3) dans son récit.

 

La section de renfort remontant la colonne tua un rebelle caché dans les buissons et récupéra son fusil de chasse.

 

Le Colonel DARCY commandant le sous secteur Nord et le commandant du III / 22ème RI arrivèrent sur le terrain à 16heures 50.

 

LE BILAN.

 

Tous les documents que je possède sur ce sujet, concordent à l'exception de l'article écrit par Mr BELARBI (8); En effet ce dernier déclare 70 morts dans nos rangs ?....

 

J'ai recoupé l'ensemble des relevés que je possède :

-         Ceux d'Albert ROUSSEL, établis par évènements ou annuellement.

-         Ceux de Jehan Loïc ROGNANT classés alphabétiquement.

-         Ceux du DAHRA.

-         Enfin celui joint au rapport du capitaine RONGIER (1) qui précise : "Il fut relevé sur le terrain 25 morts dont un gendarme, 18 blessés furent évacuer par hélicoptère sur les hôpitaux de MILIANA et d'ALGER.. La liste jointe à ce rapport qui ne concerne que les éléments du 22ème RI, comporte 26 noms, (24 morts relevés sur le terrain + 2 blessés décédés à l'hôpital de MILIANA dans les deux jours qui ont suivi). Parallèlement une liste des 16 blessés survivants est jointe au rapport.

 

Ce bilan est très lourd, mais nous sommes loin, très loin des chiffres avancés par Mr BELARBI (8).

 

Les pertes en armes furent très importantes, plusieurs mitrailleuses, des fusils, et des pistolets mitrailleurs (MAT 49). Le capitaine RONGIER (1) précise à ce sujet dans son rapport : Une grande partie de l'armement du convoi fut pris par les rebelles, qui eurent le temps de piller et d'achever un certain nombre de blessés et de décrocher avant l'arrivée des renforts. Cette dernière déclaration sous entend, que les morts ont été dépouillés de leurs vêtements et de leurs chaussures.

Mr BELARBI (8) dans son exposé déclare que le chef des moudjahidines avec son pistolet mitrailleur MAT 49, tua le capitaine qui commandait le convoi ?... Dans ce convoi, il n'y avait pas de capitaine, le chef du convoi était le sous lieutenant GODIE qui fut blessé au genou, et retrouvé par les secours caché dans des épineux. Il fut évacué par hélicoptère sur l'hôpital MAILLOT à ALGER. Claude M(3) précise qu'il l'a rencontré, amputé d'une jambe, en convalescence à l'hôpital BEGUIN à VINCENNES. Il n'y donc eu aucun officier de tué dans cette embuscade.

 

Christian GERARD (7) qui faisait partie de l'unité de secours arrivée la première sur les lieux de l'embuscade conclut ainsi son témoignage :"Nous, nous avions les corps à MARCEAU, les blessés ayant été acheminés sur MILIANA et ALGER. Les corps après reconnaissance et remise en état, mission effroyable (pas de mots assez forts) pour définir l'horreur, ont été mis en bière. La messe et l'enterrement  eurent  lieu à NOVI quelques jours après.

Tombes-des-morts-embuscades-TIZI-FRANCO-Cimetiere-de-NOVI.jpg      Photo Marcel Paris.

 

Témoignage émouvant laissant percer un doute, que je ne commenterai pas.

 

Quant aux rebelles nous savons peu de chose sur leurs pertes. Le capitaine RONGIER (1) signale un HLL tué par les renforts et son fusil de chasse récupéré. De son côté Mr BELARBI (8) rapporte la perte de 4 moudjahidines dont il cite les noms. Ceux-ci n'ont pas été retrouvés sur le lieu de l'embuscade, ce qui laisse supposer que les HLL emportèrent leurs morts.

 

On peut donc conclure :

-         Pour le 22ème RI : 26 morts et 16 blessés auxquels il faut rajouter 1 gendarme.

-         Pour les HLL : 5 morts.

C'est heureusement très éloigné du chiffre avancé par Mr BELARBI (8).

 

Ceci nous permet de mieux cerner le nombre de militaires du 22ème RI présents dans ce convoi. En effet le commandant KUBLER précise dans le DAHRA qu'il y avait 12 rescapés indemnes dans cette embuscade. Ce qui fait en récapitulant : 26 morts + 16 blessés + 12 rescapés, un total 54 militaires du 22ème RI auxquels il faut rajouter un gendarme.

 

 

LA REACTION.

 

L'embuscade avait été parfaitement organisée, et la tombée rapide de la nuit protégea la fuite des moudjahidines. Les renforts s'occupèrent tout d'abord des blessés qui furent évacués par hélicoptères sur les hôpitaux de MILIANA et d'ALGER pour les cas les plus graves. Puis des morts qui furent regroupés à NOVI.

 

Le capitaine RONGIER (1) dans son rapport officiel déclare : "Les avions T6 arrivés sur les lieux à 16 heures 35, n'ont eux-mêmes rien vu des mouvements des rebelles.". Il indique également que le déplacement et la mise en place de cette bande étrangère au quartier du bataillon n'ont pu se faire sans l'entière complicité de la population avoisinante à cette piste. Cette population assez nombreuse n'a voulu fournir aucun renseignement sur la direction prise par les rebelles pour se retirer.

 

Mr BELARBI souligne d'ailleurs la participation de la population des douars voisins au creusement de la tranchée sur la piste. Rien ne prouve non plus qu'ils n'y aient pas été contraints.

 

Dès le lendemain matin, une grosse opération fut organisée sur le secteur, avec la participation du 22ème RI, des tirailleurs Sénégalais et des parachutistes. A ce sujet, Claude M rapporte qu'alors qu'il venait juste d'être remonté sur la piste par les tirailleurs, le Général SALAN est venu l'interroger sur la direction qu'avaient prise les HLL après l'embuscade. Ces derniers avaient bénéficié de toute la nuit pour se mettre à l'abri, loin du lieu de l'embuscade.

 

Mr BELARBI rapporte que le chef des combattants de l'ALN, SI HAMDANE BENMOUSSA est tombé au champ d'honneur le 12 janvier 1957 trois jours seulement après l'embuscade, alors qu'il se trouvait au sud d'EL AFFROUN.

 

Je ne retrouve rien d'autre sur les suites de cette grosse opération, ce qui laisse à penser que les moudjahidines, s'étaient volatilisés.

 

CONCLUSION

 

Cette embuscade fut pour le 22ème RI l'une des plus meurtrières avec celle du 28 février 1957, et elle marqua fortement les esprits. Le lieutenant GAILLARD qui commandait l'unité qui arriva en premier sur les lieux de l'embuscade en fut fort affecté et le souligna dans sa correspondance à son épouse.

 

Dans son rapport officiel le capitaine RONGIER (1) conclut : "Les conditions dans lesquelles s'est déroulée cette affaire prouvent une fois de plus la vulnérabilité de ces convois de ravitaillement peu étoffés en escorte en raison de la faiblesse des moyens en personnel et en véhicules".

 

Pour surveiller le territoire, l'on avait essaimé de nombreux petits postes perdus dans la montagne, difficiles d'accès et qu'il fallait très régulièrement approvisionner. C'était un peu le talon d'Achille de notre armé, et les moudjahidines en ont profité.

 

Enfin, pour nous, l'important est de démêler le vrai du faux, notre régiment a payé un lourd tribut à cette guerre d'Algérie, il n'est donc pas nécessaire pour des raisons démagogiques de travestir la vérité.

 

 

                                               Michel FETIVEAU

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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 18:00

L'ACCROCHAGE DE SADOUNA DU 18 JUILLET 1956

 

La double embuscade de Sadouna a déjà fait l'objet d'un article écrit par Jean Claude Picolet, et  publié sur le blog le 4 novembre 2013. Nous en avions tous les deux discuté à l'époque, et nous étions troublés par le fait qu'une revue de notoriété nationale, le "Nouvel Observateur", ait publié dans ses lignes un article aussi invraisemblable. Celui-ci concluait sur un bilan de 50 à 60 tués dans nos rangs dont la moitié pour notre régiment le 22ème R.I.

 

Sur mon conseil, Jean Claude a pris contact par mail avec Monsieur Laurent Joffrin, Directeur des Publications du "Nouvel Obs" pour lui révéler la réalité des faits et constater le manque de professionnalisme des journalistes concernés. Il attend toujours une réponse…

 

Or un ancien du régiment Albert ROUSSEL, a fait un excellent travail de mémoire en listant les militaires du 22ème R.I. morts dans la période 1956/1963. De même un universitaire Jehan Loïc ROGNANT avait de son côté effectué un travail similaire.

 

Nous disposons donc de deux sources indépendantes et précises nous donnant les nom et prénom des militaires "morts pour la France" en Algérie dans la période précitée, que ce soit au combat, par accident, ou par maladie. Outre les noms et prénoms, figurent, la date de leur mort, le lieu, l'évènement qui l'a provoqué et enfin le lieu où ils sont inhumés.

Pour toute l'année 1956 nous relevons pour l'ensemble du régiment, 15 morts dont un seul à SADOUNA.

 

Maurice MOUTERDE qui se trouvait en poste en 1956 dans ce secteur, nous éclaire sur cet évènement, et rétablit la vérité.

 

                                                                           Michel.

 

 

A propos de l’accrochage de Sadouna

 

 

Parcourant le Blog de Michel, je suis tombé sur la rubrique : La double embuscade de Sadouna. Ce nom a tout de suite fait tilt dans ma mémoire.

 

Ayant participé à cette action sans toutefois avoir été présent sur les lieux de l’embuscade, je peux apporter quelques précisions à partir de mon carnet de notes quotidiennes et d’une lettre écrite à un de mes frères où je rapporte l’évènement et que j’ai retrouvée. En effet sous-lieutenant rappelé j’appartenais à la 6ème compagnie du II / 22 R.I.

Je rappelle d’abord que notre compagnie venant de Montenotte était arrivée à Gouraya le 9 juillet 1956 et s’était installée à Bois sacré, l’ancienne résidence du gouverneur Leonart. Le 13 Juillet nous avons pris contact à Loudalouze avec le caïd du Douar Aghbal (qui est Agha, décoré de la légion d’honneur et de la médaille militaire) et la section de l’école de Cherchell que nous devions relever. Le caïd de ce douar a de nombreux choufs qui le renseignent efficacement. Le 14 juillet à Gouraya, nous avons fêté comme il se doit la République par une prise d’armes devant le monument au mort, à proximité de l’église.

Prise-d-arme-14-juillet-a-Gouraya-photo-M-Mouterde.jpg

Je pense que c’est par le caïd de Loudalouze que nous avons eu le renseignement, mercredi matin, 18 Juillet que la bande de H.L.L. qui avait incendié la Maison Forestière de Tighret, la ferme Duranton, la villa de Messelmoun, avait couché à Sadouna. Aussitôt, le même jour,  une opération est montée par le III / 22 R.I.  auquel nous sommes provisoirement rattachés, pour effectuer le bouclage du djebel Gouraya. Très rapidement, notre compagnie est approchée en camion jusqu’au pied du djebel, là où la piste s’arrête au Sud-ouest de Gouraya (est-ce le lieu qui s’appelle Sidi Masba ou Mesba ?). C’est là que m’a été confiée la garde des camions avec une ½ section.

 

Il était 19h quand nous avons entendu la fusillade qui se produisait en altitude. J’ai donc essayé de prendre contact avec la compagnie à l’aide du SCR 300 que j’avais à ma disposition. Impossible d’avoir la liaison. Que s’était-il passé ?

C’est au bout de 2h que quelques hommes nous ont rejoints pour nous expliquer que lorsque la compagnie était arrivée à proximité de mechtas sur le plateau, un gendarme, traducteur, avait interrogé quelques personnes qui lui avaient affirmé l’absence de H.L.L. Quelques instants plus tard les fellaghas avaient ouvert le feu tuant Callendret, le radio (ce qui explique l’impossibilité de communiquer) et blessant 3 hommes. Ils nous demandaient d’aller au secours de nos camarades. Les blessés étaient le Sergent-chef Yves Merle, le soldat Marcel Autignac et un gendarme de la brigade de Gouraya.

Après avoir été rapidement chercher quelques renforts à Bois Sacré, avec l’équivalent d’une grosse ½ section, nous avons donc entrepris, de nuit, notre montée pour rejoindre la compagnie. Arrivée au col à la fin de la  pente c’est en vain que nous avons fouillé, sans succès, (près sauf erreur, d’un lieu-dit Sidi Youssef) la zone boisée où, selon ceux qui étaient venus à notre rencontre, nos camarades de la compagnie étaient censés s’être repliés. Sans liaison radio et sans vision claire de la situation (il faisait nuit, aucune connaissance du lieu et les mechtas sur le plateau étaient probablement encore occupées par les H.L.L.) nous n’avions qu’à redescendre (à Sidi Masba ou Mesba), ce que nous avons fait.

 

carte-EM-Maurice-Mouterde-copie-1.jpg

                     Cliquez sur la carte pour l'agrandir

 

Quelle ne fut pas notre surprise, de constater que les camarades accrochés étaient descendus avant nous et déjà partis pour Bois Sacré. En effet nous nous étions croisés dans le Djebel sur deux sentes différentes sans nous entendre et pourtant nos camarades brancardaient 1 mort et 2 blessés. En effet le sergent-chef Merle, pourtant transpercé au poumon avait refusé d’être porté. En ce qui concerne le capitaine Mercier, je confirme qu’il a également été blessé, mais assez superficiellement, à la hanche.

Effectivement cet accrochage est, je crois, le premier qu’ai eu notre régiment de " rappelés " et René Callendret le premier mort. Je confirme que les " pertes " se sont limitées à 1 mort et 3 blessés. Je n’ai jamais su quel avait été le bilan pour l’A.L.N.

Peut-être ne suis-je pas au courant de tout ce qui s’est passé ce jour là dans le secteur de Gouraya, mais je ne vois pas comment on peut parler de double embuscade. Je n’ai pas non plus eu connaissance que les tirailleurs Sénégalais soient intervenus dans le secteur.

Quant à l’Aïd el Kebir, j’ai cantonné avec ma section à Loudalouze du 19 au 28 Juillet et c’est là que nous avons participé à cette fête le 20 Juillet avec la population.

Un petit détail secondaire, Sadouna n’a jamais été une commune mixte. Il y avait deux communes de ce type dans nos secteurs, celle de Cherchell et celle de Ténès. Il me semble que Sadouna était rattaché à Cherchell.

 

                                               Maurice Mouterde

 

 

 

 

 

 

 

 

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 14:46

ACCROCHAGE A L'OUED MESSELMOUN

LE 31 JUILLET 1956

 

 

Accrochage à l’Oued Messelmoun le 31 juillet 1956

 

Puisque l’on parle de la période où la 6ème  compagnie du II / 22R.I. fut à Gouraya, nous avons eu à l’oued Messelmoun un autre petit accrochage le 31 Juillet. Ce soir là comme presque tous les jours nous sommes partis en patrouille avec une jeep et l’half-track qui nous était affecté. Le but étant de sécuriser les fermes et maisons isolées et aussi les cultures. Pour ce faire nous utilisions un projecteur assez puissant emprunté à la brigade de gendarmerie de Gouraya. Ce soir là c’est moi-même qui manipulais cet appareil à l’avant droit Half-tracks.jpgde l’half-track. Après avoir quitté la route nationale nous nous sommes engagés sur la piste qui borde l’oued Messelmoun. Non loin de la villa où le général Clark prit contact en 1942 avec les autorités françaises d’Algérie, alors que nous surveillions les vignes à l’aide du projecteur, nous nous sommes fait allumer. Pas de victime. Mais, impossible de riposter à l’aide de la mitrailleuse de l’half-track. Nous avons donc du nettoyer la vigne qui ce trouvait là, uniquement à l’aide de nos P .M. C’est le lendemain, au jour que nous avons compris pourquoi notre arme ne fonctionnait pas. Une chevrotine avait percé le chargeur de la mitrailleuse et tordu toutes les cartouches. C’est aussi le lendemain que nous avons constaté la présence à proximité de la S.A.P. (Société Agricole de Prévoyance) où, les H.L.L. étaient sûrement en train de se ravitailler.

La compagnie a quitté Gouraya le 3 Août  1956 pour Orléansville.

Personnellement j’ai rejoint Cherchell où un stage d’un mois était organisé pour une vingtaine de Lieutenants et Sous-lieutenants du 22° R.I.

 

Maurice Mouterde

 

 

 

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24 janvier 2014 5 24 /01 /janvier /2014 13:50

DES TIRS DE NUIT A BREIRA ET A BENI-AKIL

 

Un article intitulé "Une attaque des mines de Breira et de Beni-Akil, a déjà été publié sur le blog le 14 février 2013. Il s'agissait de la reproduction d'un article de presse de l'époque signalant les faits.

Maurice MOUTERDE qui se trouvait en poste en 1956 à BREIRA, nous relate ci-après les faits.

 

Attaque sur les mines de Breira et Beni-Akil

 dans la nuit du 2 au 3  Octobre 1956

 

Sous-lieutenant rappelé  à la 6ème compagnie du II / 22ème R.I., en poste à Breira du 24 septembre au 19 octobre 1956 je peux apporter quelques précisions sur cette affaire car j’ai conservé le Compte rendu que j’en ai fait.

Je dois préciser que ces deux mines ne sont distantes, si mes souvenirs sont exacts que de quelques kilomètres.

Carte-1-50.000-Port-BREIRA--redecoupee-2.jpg                                     Cliquez sur la carte pour l'agrandir

A Breira il y a 2 sections de la 6ème compagnie du II / 22 RI. Au début 2 sections de rappelés puis à compter du 30 septembre une section de rappelés et une section de jeunes recrues arrivés de Métropole (Bugeaud) aux ordres du sergent-chef Capeau. A Beni Akil c’est une section des G.M.P.R. (Groupe mobile de Police Rurale) qui assure la protection. L’ensemble constitue un sous-quartier dont j’ai la responsabilité du 30 septembre au 19 octobre 1956.

Avant cette nuit du 2 au 3 octobre différentes actions des fellaghas ont eu lieu. Le 27 septembre un pylône supportant le télébenne qui permet de descendre à Port Breira (Francis Garnier) le minerai extrait des mines et de monter le ravitaillement pour la troupe, a été dynamité dans la nuit, mais réparé le jour même. Le 1er octobre une petite fusillade a lieu de nuit à Beni-Akil.

Voici mon C.R. en ce qui concerne la nuit du 2 au 3 Octobre : "Au cours de la nuit du 2 au 3 octobre, les rebelles ont attaqué le poste de G.M.P.R. des mines de Beni-Akil vers 0h20. Ils semblent s’être mis en place dès la tombée de la nuit et être environ 20 à 25. Les G.M.P.R. ont riposté aux armes automatiques et à la grenade. L’attaque du poste semble avoir duré jusqu’à environ 2h30. Les rebelles semblent s’être divisés en deux groupes qui ont pris la direction des Mines de Breira, l’un utilisant le cheminement de l’oued et l’autre celui des crêtes.

Dès les premiers coups de feu sur Beni-Akil les deux sections du 22ème R.I. se Le carreau de la mine de BREIRA P.ANTIKOWtrouvant à Breira ont été mises en alerte. A 2h45 quatre coups de fusil de chasse étaient tirés sur les mines de Breira et semblaient provenir des hauteurs Sud, Sud-ouest de la mine. Le poste visé a répondu immédiatement au F.M. Le calme semblait revenu vers le poste de Breira aux environs de 4h. Plus aucun mouvement à signaler.

Ce Compte rendu tient surtout compte des informations fournies par le responsable des G.M.P.R. et se termine par une note concernant les heures de prise de service des mineurs tôt le matin et tard à la nuit.

Des tirs de nuit ont encore eu lieu à Beni-Akil les 5 et 6 octobre, C’est à cette dernière date que les G.M.P.R. ont été remplacés par une autre section de notre compagnie.

Toute cette affaire nous a valu de la visite : d’abord celle du directeur de la mine,  du Colonel Pasteur commandant le 22ème R.I. et du représentant du Ministre puis, le 13 octobre, d’une unité blindée accompagnée par une unité de Zouaves. Le 19 octobre notre compagnie a laissé la protection des deux mines à une autre compagnie, la 5ème, sauf erreur.

 

Maurice Mouterde

 

 

 

 

 

 

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8 décembre 2013 7 08 /12 /décembre /2013 09:55

LA MORT D'UN GOUMIER

 

1ère exaction rebelle dans le secteur de CAVAIGNAC

tenu par la 8ème Cie du II/22 RI.

 

Dimanche 7 octobre 1956.

 

Je me nomme Jacques B. Je suis aspirant et je suis arrivé à la 8ème Compagnie depuis le 1er octobre 1956. Je suis affecté en "doublon" d'un sous lieutenant "rappelé" qui commande la 4ème section de combat. Je m'habitue à mes fonctions de chef de section adjoint, bien conseillé par le sous lieutenant S…E. qui a l'expérience du commandement. Ce jour aucune activité extérieure n'avait été prévue pour notre compagnie et la journée promettait de se passer calmement. Le soleil était ardent et les troupes étaient au repos, sauf la section de garde.

Cavaignac-cafe-hotel-Montaron.jpgJe commençais l'écriture d'une lettre à ma famille, pour décrire la vie à CAVAIGNAC. Je voulais raconter ce que je voyais dans ce pays dont je découvrais le mode de vie très contrasté des autochtones, selon qu'ils sont d'origine Européenne (F.S.E.), ou de souche Musulmane (F.S.N.A.).

Au milieu de la matinée, les gendarmes dont la caserne est proche du cantonnement de la 8ème Cie, informent le Capitaine V…E. qu'un "goumier" a été enlevé par les "fellaghas", hier vendredi au début de la nuit près du marché de TALASSA.

C'est un frère de ce goumier qui a donné l'alerte, en venant à pied de son douar TALASSA, jusqu'à CAVAIGNAC, distant de 12 Kms environ. Il a raconté l'évènement comme cela :

Son frère "goumier" est arrivé vendredi pour passer sa permission dans sa famille. Dans la soirée, il a été enlevé par un groupe d'hommes. Ceux-ci l'ont entraîné en donnant un prétexte futile, vers la forêt proche qui domine le "gourbi" où vit sa famille.

Le samedi 6 octobre est le jour du marché de TALASSA. Le goumier n'y était pas présent, alors qu'il avait dit qu'il envisageait d'y aller. Midi arrivant et ne le voyant pas revenir, sa famille a craint que le pire ne lui soit arrivé.

Ce dimanche le goumier n'étant toujours pas rentré dans sa famille, son frère est venu signaler son enlèvement à la gendarmerie de CAVAIGNAC afin que les gendarmes entreprennent des recherches. Ceux-ci peu nombreux dans cette brigade ont demandé le concours des militaires de notre 8ème Cie du 22ème R.I.

C'est le Sous lieutenant S….E. qui est chargé par le capitaine d'accompagner les gendarmes et de se porter avec sa section, sur les lieux de la disparition du goumier. Le Sous lieutenant me demande de l'accompagner pour me mettre dans l'ambiance d'une opération où un accrochage avec les rebelles est toujours possible.

Les 4 véhicules de la compagnie sont disponibles mais il faut un petit délai pour trouver les chauffeurs et regrouper la 4ème section, car certains soldats étaient au foyer pensant avoir une journée de repos devant eux.

En attendant le départ, le sous lieutenant S….E. m'explique qu'un "goumier" est un soldat qui fait son service militaire dans un régiment de tirailleurs Algériens (R.T.A.)que l'on nomme aussi un "Goum". Il y a aussi des tirailleurs au MAROC, en TUNISIE, et au SENEGAL. Dans ces régiments l'encadrement par les officiers et les sous officiers est majoritairement d'origine Métropolitaine. Par contre les petits gradés et les hommes de troupe sont en majorité d'origine "maghrébine". Les régiments de Tirailleurs sont réputés pour leur grande discipline, leur ardeur au combat comme dans la légion étrangère. Contrairement aux "spahis" qui se déplacent et combattent à cheval, les tirailleurs sont des fantassins, c'est-à-dire des soldats qui combattent à pied.

Le Sous Lieutenant S…E. rassemble donc les gradés de sa section et j'assiste à son "briefing" pour préparer la section à sa mission. Il indique qu'il faudra être en tenue de combat avec casque léger et lourd, puisqu'il y a déplacement en véhicules. Chacun devra avoir "2 unités de feu" de munitions. La recherche sur place ne prendra que 3 heures environ de marche, donc on peut se charger en munitions. Mais ne pas oublier extrait-Cavaignac-Tarzout.jpgd'avoir un bidon d'eau entièrement rempli. Comme consigne particulière il faudra être en alerte, pendant la montée vers TALASSA, car la route sinueuse est dominée par des collines derrières lesquelles des "fellaghas" peuvent se cacher pour tirer des coups de feu isolés au passage du convoi.

En outre, la disparition alléguée peu avoir été inventée, pour obliger les militaires à se déplacer en convoi et les faire tomber dans une embuscade tendue par des fellaghas prêts au combat. La consigne consiste à être sur nos gardes depuis le départ jusqu'à l'arrivée au "souk".

Vers dix heures le petit convoi démarre. Le Half-track placé en tête ralenti la marche mais dans les autres véhicules les soldats sont aux aguets notamment ceux assis sur les banquettes latérales du camion G.M.C. dont je suis le chef de bord. Le déplacement du convoi est visible de loin. Comme il n'a pas plu depuis plusieurs semaines les véhicules dégagent une intense poussière que le vent chasse en direction des collines.

Arrivés au "souk" de TALASSA situé en bordure de la piste carrossable, nous sommes attendus par le frère du goumier. Celui-ci nous conduit à travers le bled, vers le gourbi où il vit. Ce gourbi est situé à 3 ou 4 centaines de mètres du souk de TALASSA. Nous marchons pendant une demi-heure, et arrivons à proximité du douar du goumier.

Tireur-FM-en-protection-photo-Edmond-Courraly.jpgLe Sous Lieutenant S…E. fait mettre les 2 fusils mitrailleurs en batterie sur une petite éminence, face à la forêt afin de protéger les 2 groupes de grenadiers voltigeurs de la section qui vont ratisser en ligne de part et d'autre des buttes où sont les fusils mitrailleurs. Ils vont ratisser pendant une longue heure le terrain entre la piste et la lisière de la forêt. Ce terrain n'est pas plat, mais légèrement vallonné, avec des ravines où les eaux ruissellent lorsqu'il pleut. Dans ces ravines des touffes de lauriers roses peuvent aisément dissimuler une personne. Le soleil presque au zénith commence à chauffer dur. Les soldats transpirent dans ce bled aride et les bidons d'eau sont vides.

Ratissage.jpgIl est près de midi. Les recherches n'ont données aucun résultat dans ce terrain "haché" par des talwegs peu profonds. Alors le sous lieutenant donne l'ordre de se rabattre vers les gourbis de la famille du goumier pour leur annoncer que les recherches ne peuvent se poursuivre et qu'il n'est pas possible avec le faible effectif présent, d'aller dans la forêt touffue car se serait trop risqué.

La famille du goumier est effondrée. Elle présume déjà du sort qu'aura subi son parent. Cependant le frère du goumier a poursuivi les recherches avec un autre membre de sa famille, près du terrain que nous avons déjà ratissé.

Après quelques palabres avec la famille du goumier le Sous lieutenant donne l'ordre de repartir vers les véhicules nous attendant sur la piste près du souk. Nous coupons au plus court dans ce terrain accidenté. Nous avons parcouru la moitié du chemin nous séparant de nos véhicules, lorsque nous entendons des "you-yous" stridents poussés par les femmes des gourbis que nous venons de quitter. Le Sous Lieutenant s'enquière de ce qui se passe. Le frère de la victime nous indique par gestes que le corps du goumier a été retrouvé dans une ravine descendant de la forêt.

Un groupe est chargé d'aller se rendre compte sur place tandis que l'autre groupe reste en protection. J'accompagne le Sous Lieutenant et nous constatons que le goumier gît, égorgé, dans le fond d'un talweg à sec. Il est encore vêtu avec ses habits civils traditionnels. Ses mains sont liées dans le dos avec son "chèche" dont il était coiffé lorsqu'il a été enlevé.

Il ne fait plus de doute que cet enlèvement est l'œuvre des "fellaghas" dont une bande se trouverait dans la forêt de TARZOUT peu éloignée de TALASSA. De la gorge tranchée d'une oreille à l'autre, (ce que l'on appelle ici le sourire KABYLE) les carotides ont laissé s'écouler un long filet de sang qui s'est répandu dans la ravine et a séché sur le sol où il s'est infiltré.

Nous avons sous les yeux l'exemple même de la barbarie des "fellaghas". C'est le sort qu'ils réservent aux traîtres. Ce goumier ayant répondu à l'appel sous les drapeaux dans un régiment de tirailleurs Algériens est considéré à tort, comme un collaborateur des Français : c'est un traître pour le F.L.N. Les fellaghas ont profité qu'il soit en permission donc sans défense, pour l'assassiner, car on ne peut pas appeler cet égorgement autrement qu'un crime.

Puisqu'il y a meurtre, la gendarmerie qui a suivi notre section de loin, est chargée de l'enquête et recueillera les témoignages de la famille et du chef de section. Ils ont obtenu ces quelques renseignements : Le goumier a été enlevé dans la nuit par 3 inconnus qui l'ont maltraité et ligoté avant de l'emmener. Cette affaire sera classée parmi les meurtres politiques.

L'exécution du goumier pouvant dater de ce matin très tôt et sa mort étant constatée, les hommes de sa famille veulent l'enterrer aussitôt selon la coutume musulmane. Depuis les gourbis on voit des hommes se munir de longues perches d'eucalyptus qui serviront de brancard pour transporter la victime.

Avant que le corps du goumier soit emporté, le Sous Lieutenant, fait mettre en ligne un groupe de soldats. Je suis en tête de ce groupe avec le sous lieutenant, puis suivent une dizaine de soldats de la section. S'agissant d'un militaire, le sous lieutenant estime tout à fait normal de rendre les honneurs à ce soldat Français, que l'on peut considérer comme "Mort au champ d'honneur" ayant été tué par des ennemis de la France. Au commandement du Sous Lieutenant : "Garde à vous"  -  "Présentez armes" pendant une minute  -  "Reposez Armes  - "Repos". A ces commandements le groupe s'est figé et je devine que chacun est stupéfait de la "barbarie" avec laquelle cette exécution a été réalisée pour frapper d'effroi les populations locales de ce douar. C'est une facette du terrorisme.

Les hommes ont apporté les longues perches et avec des couvertures de laine rustiques, ils ont confectionné un brancard sur lequel le corps du goumier est posé. Moment d'émotion intense devant le corps de cet homme, dont l'agonie consciente a certainement été un très pénible supplice.

Quatre hommes transportent le corps vers les mechtas en bordure de la forêt, où se trouve un espace réservé à l'inhumation des morts de ce douar. Si je n'avais pas vu le déroulement de l'inhumation, jamais je ne me serais rendu compte que cet espace est un cimetière musulman.

Un emplacement a été rapidement creusé sur 20 à 25 cm de profondeur dans ce sol dur; Le corps y a été placé tel que, puis recouvert avec la terre de l'excavation, formant un petit monticule allongé. Les hommes entourent celui-ci de pierres trouvées alentour. C'est tout.

Dans-le-djebel.jpgAutour de la tombe, je remarque maintenant d'autres monticules très aplatis, entourés de quelques pierres. Ce sont d'anciennes sépultures, car les corps décomposés ont affaissé le monticule de terre, qui ne dépasse plus beaucoup du sol environnant. Je saurais dorénavant reconnaître un cimetière musulman dans le djebel, ou près d'un marabout, car il faut avoir un œil exercé.

Les mœurs de ces gens autochtones sont encore moyenâgeuse, mais conviviales : Le frère du goumier pour remercier les militaires, tient à offrir le café. Nous ne refusons pas pour ne pas vexer ces gens frustres. Le frère du goumier, fait alors apporter le café par deux serviteurs : l'un d'eux porte le plateau en cuivre ciselé rutilant avec des verres pour nous deux et les gendarmes, l'autre tient à la main une énorme cafetière en métal argenté.

Avec le Sous Lieutenant, nous les regardons descendre jusqu'à nous par de petits sentiers à peine tracés, ils sont nu-pieds et malgré cela d'une vélocité et agilité sans égales. Le café nous est servi dans des petits verres très propres pour les gradés, les soldats étant servis dans leur quart en aluminium. Ce café est excellent, il me désaltère et me redonne des forces. Je reprends un deuxième verre avec plaisir. Nous n'en avons pas de si bon à la 8ème compagnie.

Mairie_de_CAVAIGNAC_avec_le_22_RI.thumb.jpgNotre mission étant achevée toute la section repart en silence vers les véhicules et nous revenons tristement à CAVAIGNAC, il est 14 heures.

Les officiers restés au cantonnement ont installé le Mess dans la salle des cartes, derrière la salle de classe de l'école des filles, car les "cuistots" de la section de service, ont préparé un repas amélioré. Le repas est bien avancé. Le Sous Lieutenant S…. E et moi, apprécions les mets qui nous sont servis, arrosés d'un vin provenant de la cave viticole de FROMENTIN. Ce vin rouge avec ses 14°5 d'alcool est très généreux et cela à l'effet d'un bon tonique sur notre moral, abattu après la pénible mission de ce matin.

L'après midi sera consacré au repos absolu. Il faut s'endurcir et effacer de sa mémoire les pénibles images du matin. La sieste dans la chambre tempérée, sera nécessaire pour cette thérapie.

Si cela continue, que pouvons nous faire pour protéger les populations isolées dans le bled ? Les rebelles ont le champ libre pour terroriser les "fellahs" qui ont tous dans leur famille des parents ayant participé aux deux guerres mondiales aux côtés des soldats français. Ceux-ci à n'en pas douter sont jusqu'à ce jour favorables au maintien de la présence française en Algérie. Mais par le terrorisme aveugle il est facile de leur faire changer d'opinion.

 

 

                                                                                                                                                                                                                               Jacques B.

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21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 13:34

CONSTRUCTION DU POSTE DE LALA OUDA

 

 

            Lors de mes recherches d'informations concernant la 1ère compagnie du 1/22ème RI, par l'intermédiaire du blog de Michel, j'ai fait la connaissance d'Edmond Courraly qui était "passé" par la maison forestière de Tighret, durant son séjour en AFN, dans les rangs de la 3ème compagnie.

 

            En effet, Edmond a séjourné à Tighret du 20 novembre au 14 décembre 1956. Il faisait partie d'une section qui a remplacé les "rappelés" qui y séjournaient. La maison forestière qui avait été brûlée précédemment par les fells, était dans un état lamentable, inhabitable, car rien n'avait été entrepris pour la restaurer. La relève s'en est chargée.

 

            Le second passage a eu lieu le 14/03/57, pour quelques jours, car son unité a été mutée rapidement à Messelmoun pour relever une section continuellement harcelée.

 

            Mais au cours de nos échanges, j'ai aussi appris qu'il avait participé à la construction du poste de Lala Ouda et qu'il possédait de nombreuses photos. Ce qui m'a donné des idées qu'il a acceptées.

 

sergent courraly 1      Le sergent Edmond Courraly à Lala Ouda.

 

NB: le nom de l'auteur sera toujours précisé. S'il ne l'est pas, c'est que la photo fait partie de la collection d'Edmond.

 

 

            Edmond Courraly a été incorporé au 93ème RI, au camp de frileuse proche de Beynes au fin fond de l'ancienne Seine et Oise le 3/05/56. Il y a fait ses classes et ses pelotons. Il est arrivé le 7/11/56 en Algérie avec le grade de sergent et a été affecté à Villebourg à la 3ème compagnie du 1/22 RI.

 

            Après Tighret, puis Messelmoun, on le retrouve à Dupleix et enfin à Tala Icorn.

 

            Le 3/12/57, il est affecté à Lala Ouda alors en construction. Il y restera jusqu'à sa libération. Il embarquera pour la France le 24/10/58 sur le "Ville d'Oran".

 

 

LALA OUDA

 

            DECISION

 

            Nous ignorons quel a été le motif de la construction de ce poste et à quelle date a été prise la décision. Il n'en demeure pas moins que l'embuscade qui a eu lieu le 28/02/57 sur la piste en face du poste n'a pas été sans influence.

 

            On peut penser qu'il était aussi destiné à surveiller et protéger une partie de piste particulièrement dangereuse.


piste-de-l-embuscade-de-bouyamene-photoE.COURRALY.jpg

 

 

            Futur site de Lala Ouda à l'endroit de stationnement de l'hélicoptère Sikorsky. Juste au-dessus, la ligne blanche horizontale marque la piste de Bouyamène à Dupleix, là où a eu lieu l'embuscade. Au fond, au centre, le djebel Nador et, à droite, le piton 908. Au premier plan, la piste descendant plein nord.

 

EMPLACEMENT

 

Le lieu tire son nom d'un mausolée, détruit par l'armée au lendemain de l'embuscade du 28/02/57, d'une sainte femme locale nommée Lala Ouda. Une piste reliait ce mausolée à la piste principale de Dupleix à Bouyamene.

 

Le-camp-de-Lala-Ouda-photo-E.COURRALY.jpg

 

Le poste de Lala Ouda en LY 15 B 73 était situé sur une ligne de crête, légèrement arrondie, proche de la piste principale Dupleix-Bouyamene (écrit parfois Bou Yamine car il ne s'agit que d'une transcription latine).

 

les-marabouts-de-lala-ouda-photo-Edmond-COURRALY.jpg

 

Une petite piste, celle du mausolée (?), mais carrossable menait du poste à la piste de Bouyamene à Dupleix distante d'environ 300 mètres. Une seconde montait du douar situé en contrebas, plein nord.

 

CARTE

 

LO carte OK

 

Piste de Bouyamene à Dupleix. Les ronds marquent l(emplacement des postes. Les 2 flèches sur la piste en LY 15 B 73 et C 64 désignent les positions extrêmes de l'embuscade du 28/02/57. Les petites étoiles matérialisent les "cibles" des tirs"préréglés" du mortier.

 

INSTALLATION

 

C'est la 3ème Compagnie du 1/22, en provenance de Villebourg, qui s'est installée à Lala Ouda entre octobre et novembre 1957. Au début, il ne s'agissait que d'un simple camp de toile: les marabouts. Les conditions de vie étaient rudes, c'est le moins qu'on puisse dire.

 

Photo-5-roulante.jpg

 

A gauche la roulante pour la popote et la citerne d'eau. Le problème, quand pour des raisons de sécurité évidente, on cantonne sur un point haut et isolé, c'est qu'il n'y a pas de source disponible. Il ne reste qu'une solution : "les citernes".

 

La-corvee-d-eau-a-LALA-OUDA-photo-Edmond-COURRALY.jpg      La corvée d'eau.

 

CONSTRUCTION

 

Les travaux ont été réalisés par les militaires en quelques semaines.

 

Photo-7-terrassiers.jpeg               Les "terrassiers" en plein effort, ou presque….

 

construction-lala-ouda-photo-Edmond-COURRALY.jpg

 

 

Le poste en cours de construction. Le baraquement au toit arrondi sera un magasin. A droite la petite piste qui permet de rejoindre la piste principale.

 

construction-de-lala-ouda-photo-Edmond-COURRALY.jpg

 

 

Sur le point haut, bien évidemment, la tour de garde abritant la radio. Le baraquement au pied est une future chambrée.

 

lala-ouda-photo-E.COURRALY.jpg

 

 

Les bâtiments terminés et la place d'armes en quelque sorte. Avec le blason du régiment au pied du mât des couleurs.

 

Lala-Ouda-photo-Edmond-COURRALY.jpg     Le poste de Lala Ouda terminé. Vue générale.

 

 

LE MORTIER

 

courraly-et-son-60.jpg     Le mortier de 60m/m, Edmond chef de pièce.

 

nettoyage-du-mortier-de-60-photo-Edmond-COURRALY.jpg

 

 

Mortier en position. Opération de nettoyage.

 

Photo-14-plan-de-tir.jpeg

 

 

Le "plan de tir". Une véritable "Pierre de Rosette" puisque les "cibles" sont déterminées en coordonnées "chasse" (les toutes nouvelles) et "Lambert" (les anciennes).

 

 

BENI HATTETA

 

l-ecole-de-Beni-Hatteta-photo-Christian-Gatt.jpg       Photo Christian Gatt

 

 

L'école a été construite à environ 1 km de Lala Ouda en LY 15 A 75. Elle a été inaugurée les 1er et 2 juin 1957. Un appelé faisait office d'instituteur. En quelque sorte le rôle humanitaire de l'Armée.

 

Les-garcon-de-l-ecole-de-BENI-ATTETA.jpg                photo Christian Gatt

 

 

L'instituteur et sa classe. Uniquement des garçons.

 

L-ecole-de-BENI-ATTETA-detruite-par-les-rebelles.jpg              Photo Christian Gatt

 

 

Cette école a été détruite par les fellaghas mais après le départ d'Edmond. Nous ne disposons donc pas d'informations concernant cet acte de vandalisme.

 

 

TALA ICORN

 

 

Poste de la 3ème Cie créé en juillet 1957 en LY 15 D 44 à un carrefour de piste avec une section (moitié Appelés / moitié Harkis). Edmond l'a rejoint en août 1957.

 

Photo-18-le-col-et-l-ecole.jpeg

 

 

Le col avec le carrefour de pistes qui a permis de situer le poste et une nouvelle école, le bâtiment blanc.

 

Photo-19-tente.jpeg

 

 

1ère installation classique : un marabout commun aux appelés et aux harkis.

 

 

Pour remplacer la tente, somme toute, des mechtas furent construites pour un peu plus de confort. Indéniablement, les conditions de vie se sont améliorées….

 

Photo-20-2e-log.jpeg

 

 

Et, en plein bled, une école a été créée. Edmond y a enseigné un temps.

 

Photo-21-les-enfants.jpeg

 

 

Les élèves, filles et garçons mélangés. Ce qui est déjà un progrès.

 

Photo 22 la classe

 

 

La classe unique en pleine étude. Installation sommaire. A remarquer, près de la cheminée, le P.M. du militaire instituteur. Il faut toujours être sur ses gardes. Quoique….

 

 

Edmond COURRALY pour les souvenirs et les photos & J.C PICOLET pour la mise en forme.

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8 novembre 2013 5 08 /11 /novembre /2013 08:38

LE VIEUX TENES

 

Je n'ai pas trouvé grand-chose sur l'histoire du VIEUX TENES, sinon qu'en l'an 1302 (date très incertaine), des Andalous commencèrent la construction de "Ténès el Hadhar" appelée plus tard "Vieux Ténès" par les colons Français.

 

 

CARTE D'ETAT MAJOR

 

Carte-1-50.000-TENES-et-vieux-tenes.jpg

 

Situé sur la route "d'Orléansville", aujourd'hui "Chlef", le Vieux Ténès se trouve à environs 1 Km. de Ténès.

 

 

PHOTO AERIENNE

 

Vieux-Tenes-40.jpg

 

La ville a été construite sur un promontoire rocheux presque totalement entouré par l'oued Allalah dont les gorges sont très profondes comme le montre l'ombre portée dans l'oued au nord de la ville. Constituée comme une casbah, avec des rues très étroites où seuls les piétons et peut être un baudet pouvaient circuler. L'automobile de fait y était interdite. Constituée de maisons basses avec des courettes intérieures, la population était à l'époque, 100 % musulmane, à l'exception peut être des instituteurs s'ils bénéficiaient d'un logement de fonction, ce que je n'ai pas pu vérifier , l'accès à l'école nous ayant été refusé.

 

 

LA PLACE PRINCIPALE 

 

La-petite-place-a-l-entree-du-VIEUX-TENES.jpgCarte postale

 

Située à l'entrée du village elle n'était toutefois pas très vaste comme le montre cette très vieille carte postale. On y trouvait un café Maure où tous les jours, les anciens se prélassaient au soleil en consommant un thé ou un café. J'ai eu l'occasion à 2 ou 3 reprises d'y boire un café à la terrasse.

 

 

LA MOSQUEE 

 

La mosquée du Vieux TenésCollection Michel Fétiveau

 

Située sur le point haut du village, la mosquée domine la ville, elle est l'une des plus anciennes d'Algérie. Tous les jours, le muezzin appelait les fidèles à la prière.

 

 

IMPLANTATION DU 22ème R.I.

 

En mars 1957, le colonel Rieutord, décida d'implanter un poste au Vieux Ténès, et y détacha une unité de la CCS de Ténès, comptant en tout et pour tout 15 hommes.

 

 

NOTRE POSTE DANS LA VILLE

 

Notre-poste-au-VIEUX-TENES.jpgCarte postale

 

L'autorité militaire mit à notre disposition une petite école désaffectée, comprenant trois pièces, et un sous sol inhabitable, ainsi que de locaux vétustes ouvrant dans la cour. Le pignon du pavillon, et le mur de la cour donnant sur une placette, presque en vis-à-vis de la nouvelle école, seul bâtiment dans le village qui comportait un étage et qui dominait notre poste. On aperçoit très nettement le pignon et la cour du poste au centre de la photo.

 

 

NOTRE POSTE

 

Notre-poste-au-VIEUX-TENES-la-cour-et-ses-2-arbres.jpgExtrait d'une carte postale

 

Outre la description que j'en ai déjà faite, on voit sur cette photo, les deux arbres dans la cour qui nous apportaient une ombre bienfaisante, et à l'angle du pavillon, le lampadaire que nous avions remis en service, ainsi d'ailleurs que tous ceux du village. Toutefois celui-ci avait bénéficié d'un équipement complémentaire, un abat jour, constitué d'une grosse boite de conserve, posée à l'envers, de sorte que notre poste et les sentinelles se trouvent  la nuit dans l'obscurité.

 

 

LE DRAPEAU

 

Le-drapeau-au-VIEUX-TENES.jpgCollection Francis Barbé

 

Un mât avait été érigé sur la placette près de notre poste, et tous les jours, l'on procédait à la montée et à la descente des couleurs, sans toutefois utiliser le clairon.

 

 

NOTRE MISSION

 

Le-bureau-qui-me-servait-de-chambre-au-Vieux-Tenes.jpgCollection Roland Baudru

 

Je fus chargé de procéder au recensement de la population. Les rues et les maisons furent numérotées, et l'on établit une fiche par famille avec les noms prénoms et dates de naissance de tous les membres, dont un exemplaire était affiché à l'intérieur du pavillon sur la porte d'entrée, et un double classé au bureau. De même, une fiche individuelle fut créée pour tous les habitants de plus de quinze ans, et classée alphabétiquement au bureau.

Comme on le voit sur la photo, nous délivrions des laisser passer pour les personnes qui souhaitaient circuler dans le pays. De même nous leur apportions une aide pour établir des documents administratifs.

Le bureau était meublé très sommairement, une table et un banc bricolés avec des planches. Mon lit "picot" complétait l'ameublement.

Une grande pièce servait de dortoir pour le reste de la garnison.

Aucun barbelé ne fut déployé, ils nous étaient interdits, "il fallait pacifier".

 

 

NOTRE CONFORT

 

La 3ème pièce à l'étage nous servait de réfectoire. La nourriture nous était apportée tous les jours, y compris le café du matin, par un véhicule de la caserne de Ténès, et 3 fois par jour une équipe de 3 à 4 hommes en armes allait récupérer la nourriture à l'entrée du village sur la route d'Orléansville.

Cependant, par beau temps, et c'était presque tous les jours, nous nous installions pour prendre nos repas dans la cour.

 

 

A TABLE AU VIEUX TENES

 

A table au VIEUX TENESCollection Michel Fétiveau

 

A l'ombre bienfaisante d'un arbre, nous avions bricolé, trois bancs et une table rustique qui restaient à demeure dans la cour.

Douze à table, les trois autres, montaient la garde pour assurer notre sécurité, et c'est l'un d'eux qui a pris cette photo. Le jerrican d'eau était à portée de main, mais quelques bières amélioraient l'ordinaire. Tout venait de Ténès.

De plus nous avions aménagé une douche dans la cour, constituée d'un bidon métallique de 100 litres posé en plein soleil sur le palier de l'escalier d'accès à la cour, et sous ce palier d'une pomme de douche avec un robinet d'arrêt, quelques planches au sol, et le tout derrière une toile de tente pour protéger notre intimité.

Le confort était malgré tout très spartiate.

 

 

TENES

 

La-caserne-vue-de-la-route-d-Orleansville-1962.jpg

 

Du Vieux Ténès, nous apercevions la ville de Ténès, La porte d'Orléansville, les murs des fortifications de la ville au niveau de la caserne, l'église entre les arbres, et au loin le silo du port et la mer…… le rêve….!

 

 

L'OUED ALLALAH

 

Le-viaduc-sur-l-oued-Allalah.jpgCollection Michel Fétiveau

 

Cette photo prise du haut des murs de notre poste, montre l'une des rares rues qui aboutissaient directement au fond de l'oued. En toile de fond, le viaduc du chemin de fer construit sur un affluent de l'oued Allalah.

 

 

LES GORGES  DE TENES

 

Les gorges de TENES 03 1957Carte postale

 

Cette photo prise en amont du Vieux Ténès, nous donne une bonne idée de la profondeur des gorges de l'oued Allalah.

 

 

LE CONTACT AVEC LA POPULATION

 

on-sympathise-avec-la-population-au-Vieux-TENES--1957.jpgcollection Francis Barbé

 

Le moins que l'on puisse dire, nous n'étions pas reçus à bras ouverts par la population. Nous réussissions malgré tout à sympathiser avec les personnes âgées et les enfants, qui nous quémandaient tous les jours des friandises. De même j'avais été invité par des anciens combattants à prendre un café au "café maure" à l'entrée du village.

 

 

CHANGEMENT DE CANTONNEMENT

 

Les-harkis-dans-la-cour-de-la-Medersa-au-Vieux-Tenes.jpgCollection Mac Donald Bergua

 

Vraisemblablement pour des raisons de sécurité, le poste étant très imbriqué dans la médina, le colonel Lallemand commandant le 22ème R.I. décida courant 1958 de déplacer ce poste, et de l'implanter à nouveau dans une école "la médersa" située à l'entrée du Vieux Ténès.. Celle-ci fut réquisitionnée.

A nouveau une quinzaine de militaires du commando y furent affectés, les harkis qui figurent sur cette photo, continuèrent de loger avec leur famille dans la cité d'urgence près du pont de l'oued Allalah, en dessous des fortifications de la ville de Ténès et à proximité de la porte de Cherchell.

 

 

NOEL 1958 AU VIEUX TENES

 

Noel-1958-au-Vieux-Tenes-photo-BERGUA-Macdonald.jpgCollection Mac Donald Bergua

 

Les appelés fêtent noël à la Médersa du Vieux Ténès en sablant le champagne ou un mousseux. Il fallait bien décompresser, et les jours de fête s'y prêtaient.

 

 

ON SABLE LE CHAMPAGNE

 

On-sable-le-champagne-au-Vieux-Tenes-photo-M.BERGUA.jpgCollection Mac Donald Bergua

 

Et la fête se poursuivit dans la cour de la Médersa.

 

 

Je possède peu d'information sur la période 1958/1962 et d'avance je remercie les anciens du commando qui  me contacteront, pour compléter cet article.

 

 

 

                        Michel FETIVEAU.

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16 octobre 2013 3 16 /10 /octobre /2013 16:09

 

 

22ème R.I.

1er BATAILLON

1ère COMPAGNIE

TIGHRET

 

 

SOUS QUARTIER DE BOU ZEROU

 

Camp-de-Tighret-photo-Jean-Claude-PICOLET.jpg                   Maison forestière de Tighret.                                 collection J.C. Picolet

 

 

zone-de-chasse-tighret.jpg                                                                                   Collection Picolet

ZONE DE CHASSE THEORIQUE DE TIGHRET

 

 

Le-poste-de-TIGRETH-photo-Edmond-COURRALY.jpg

                                                                                                                                             collection Edmond Courraly

MAISON FORESTIERE DE TIGHRET

 

Travaux de réhabilitation en 1958.

La maison forestière était à l'époque, occupé par

des "rappelés" mais dans un état lamentable.

Lors de l'arrivée de la 1ère compagnie à Bou Zérou,

elle fut réoccupée, réaménagée et fortifiée.

 

 

MAISON FORESTIERE DE TIGHRET

Tighret-2.1961photo-Jacques-Duchadeau.JPG

     collection Jacques Duchadeau

 

Tighret par le nord avec à droite le batiment des cuisines et l'écurie

 

 

Tighret 1 photo Jacques DuchadeauCollection Jacques Duchadeau

 

Tighret par le sud

 

 

 

 

PISTE DE GOURAYA A BOU ZEROU.

Camp de Tighret photo Jean Claude PICOLET                                                                                                                                                     collection J.C. Picolet

MAISON FORESTIERE DE TIGHRET

Vue de la façade début 1961.

 

 

 

La-partie-de-tarot-a-BOU-ZEROU-photo-G.MARTINEAU.jpg

PUTSCH D'AVRIL 1961

 

Dès que le putsch fut connu, les troupes furent consignées et la circulation interdite sur les pistes. Ignorant quelle serait la réaction de nos harkis, des Berbères, plutôt pour une Algérie française, nous, les "Appelés", avons décidé de veiller toutes les nuits. Et pour nous occuper de jouer au tarot…..

 

Le-retour-a-TIGHRETde-la-harka-J.C-PICOLET.jpg                                                                                                  collection J.C. Picolet

RETOUR D'UNE PATROUILLE

 

Pour gagner l'oued, depuis Tighret, il n'existait que deux pistes.

Celle-ci est la piste nord. La patrouille est de retour,

en ordre de marche, en colonne avec espaces par mesure

de sécurité, même aux abords du fort.

 

 

 

On-regagne-TIGHRET-photo-PICOLET.jpg

 

RETOUR D'UNE PATROUILLE

 

 

Arrivée aux barbelés du camp. Traditionnellement l'arme

est portée sur l'épaule tant qu'elle n'est pas tenue en main

quand le danger s'accroît.

 

 

 

Fin-d-operation-retour-a-la-chambre-Photo-PICOLET.jpg

RETOUR D'UNE PATROUILLE

 

Les harkis regagnent leur chambrée.

Opération terminée.

 

 

 

Ahmed ben Mohamed BOUHADDI

LE "MIRACULE"

 

 

BOUADI-le-miracule-photo-Georges-MARTINEAU.jpg

 

Dans la nuit du 5 au 6 mars 1961, ce harki, par un concours de circonstances incroyables, allongé sur le sol, à plat ventre, se retrouve face à 2 fellaghas qui pointent leurs fusils sur son visage pratiquement à bout portant. Il tente alors à se dégager. Les deux rebelles surpris tirent et le manquent.

Malheureusement, ils tuent un autre harki, Abdellazziz MELLAL, dit "Gégène", qui dormait un peu plus loin. Deux balles dans le dos, dont une en plein cœur.

Un drame qui mérite d'être conté.

 

 

 

EMBUSCADE DU 5/6 MARS 1961

 

La mission de la harka de Tighret, hors les opérations à différents niveaux, était d'intercepter les groupes de ravitaillement assurant la liaison depuis les zones refuge avec Gouraya. D'où une recherche constante en zone interdite des traces si caractéristiques des espadrilles des fellaghas. Ensuite il fallait parier sur la date de nuit et du lieu de passage pour tendre une embuscade. En somme une besogne bien modeste mais au combien démoralisante pour nos adversaires. Il fallait viser le pisteur de tête toujours armé, éventuellement son second qui l'était parfois aussi. Le reste de la colonne était composé de femmes, de chibanis ou de jeunes, les porteurs, des non combattants, sans aucun intérêt pour nous.

Dans la nuit du 2 au 3 mars, un groupe était tombé dans l'embuscade tendue sous Tighret dans l'oued Tarzout Hassene. Le pisteur avait été abattu et son arme récupérée. Le ravitaillement n'ayant pas été assuré, un autre groupe devait donc intervenir rapidement en changeant de parcours. Nous avons donc choisi l'oued Mezoum à 2 km au nord de Béni Ali, un lieu le plus près possible de Gouraya ce qui réduisait d'autant les possibilités  de pistes pour les fellaghas. Et ce pour la nuit du 5 au 6 mars.

Le lieu était parfait, il dominait de 2mètres environ le lit de l'oued avec en face une rive abrupte, réduisant les possibilités de fuite. Un seul point noir, un sentier montait de l'oued jusqu'au lieu de l'embuscade. Il suffisait de le garder avec 2 hommes armés d'un PM.

L'embuscade devant tenir toute la nuit, comme habituellement, on forma 2 groupes. Un veillant l'autre se reposant prêt à intervenir. Et au milieu de la nuit on permutait.

Dans la nuit, Bouhaddi qui était de garde pour le groupe au repos, dans la pénombre vit arriver sur lui 2 ombres en provenance de l'embuscade. Un siffla doucement pour se signaler, Bouhaddi allongé sur le sol à plat ventre sur son arme, répondit. Les deux approchèrent et se penchèrent sur lui en pointant chacun son fusil sur son visage et lui demandèrent : "Qui es-tu toi", en Arabe. Or les harkis ne s'exprimaient qu'en berbère. Leur langue. C'était donc des fells. Bouhaddi chercha à dégager son arme, mais les fells comprirent et tirèrent avant de prendre la fuite. Certainement surpris et désemparés, ils le ratèrent. Une balle de chaque côté du visage qui allèrent se ficher dans le dos d'un autre harki qui dormait un peu plus loin. Il fut tué sur le coup. Tout laisse à penser que les rebelles avaient rendez vous à cet endroit avec vraisemblablement des gens de Béni Ali. Mais les guetteurs avaient commis une énorme faute en les laissant passer. Par surprise dirent ils. En fait, ils devaient dormir.

A cette heure là, à Bou Zérou, le commandant de compagnie se réveilla en sueur. Un cauchemar. Il était arrivé un drame à Tazzerout, où un Appelé faisait office d'instituteur. Seul sous la protection du GAD. Il envoya la 3ème section à pied vers ce douar pour se renseigner mais sans contact car on n'approche pas impunément d'un GAD en pleine nuit. Bien sûr, tout était calme et la section revint de fort méchante humeur.

Le harki tué cette nuit-là s'appelait Abdellazziz Mellal. Il était natif de Tazzerout.

 

 

 

HELIPORTAGE

 

 

Survol en helico a l est de TIGHRET photo J.C.PICOLETEn fait, il s'agit d'une opération de ma section à l'école des EOR de Cherchell en juillet 1960.

Nous sommes arrivés en crapahutant sous Tighret et avons été héliportés sur la ligne de crête au sud.

Le djebel que l'on voit est le K° Arich et au pied l'oued Kébir.

 

 

  collection J.Picolet

 

 

 

 

 

La-chasse-en-action-pres-de-TIGHRET-photo-G.MARTINEAU.jpg                                                                                                                                                         collection G. Martineau

 

LA MAISON FORESTIERE DE TIGHRET

 

La "chasse", des T6, en action au nord du fort.

 

 

 

 

La-pose-au-camp-de-Tighret-photo-J.C-PICOLET.jpg 

            collection J.C. Picolet

LA PAUSE

 

Le sous-lieutenant et son inséparable radio.

 

 

 

Tighret-4.1961-photo-Jacques-Duchadeau.JPG

                                                                                                                                         collection J.C.Picolet

DETENTE

 

La pétanque !

Toujours et partout la pétanque !

 

 

LES PRECAUTIONS

 

 

 Au camp de Tighret Jean Claude PICOLET

 

Le réapprovisionnement en munitions

 

 

 

LES CORVEES

 

Corvee-de-bois-a-TIGHRET-photo-Georges-MARTINEAU.jpg

 

La corvée de bois. La vraie….(d'ailleurs il n'y en a jamais eu d'autres).. pour alimenter la cuisine et la boulangerie. Le boulanger était dispensé de corvée sauf quand la section était en opération mais en contre partie, il devait fournir du pain à tout moment même si la section devait sortir rapidement.

 

 

 

MAISON FORESTIERE DE TIGHRET

 

 

 

Martineau-repare-une-porte-du-poste-de-TIGHRET.jpg

                  CORVEES

Réfection de la barrière nord

                                                                                              

 

 

Terrassement pour poser la cloture photo PICOLET

Fondation pour la barrière d'entrée nord

 

 

ENTRETIEN

 

             

TIGRET-MARTINEAU-faitla-coupe-a-PICOLET.jpg                                                                                                                  collection Georges Martineau

 

LES CORVEES

Le radio coupe les cheveux à son sous-lieutenant.

 

 

 

LA CAVALERIE DE TIGHRET

 

 

La-cavalerie-de-TIGHRET-photo-Georges-MARTINEAU.jpg

 

Deux brêles étaient affectées à la tour 844 afin d'assurer l'acheminement de son ravitaillement depuis Tighret. Lorsque, avant le regroupement, la 2ème section était cantonnée à Beni Ali, elle en détenait 2 également pour la même raison.

Après la fusion des 1ère et 2ème sections, ces brêles furent rapatriées à Tighret avant d'être restituées au bataillon.

 

 

   collection G.Martineau

 

PRISE DE GUERRE

 

Prise-de-guerre-en-zone-interdite-photo-G.MARTINEAU.jpg

 

 

Tighret contrôlait une zone interdite. Les animaux errants devenaient propriété de la section. Comme les harkis étaient originaires des douars du sous quartier, il était relativement facile de retrouver les propriétaires. Dans ce cas, les animaux leur étaient rendus.

Ici, il s'agit d'un "arioule", un âne, qui a été restitué.

 

 

 

Le-djebel-et-un-oued-pres-de-TIGHRET-photoJ.C-PICOLET.jpg                                                                                  collection Jean Claude Picolet

VUE PANORAMIQUE DE LA PISTE PRES DE TIGHRET

Au fond la ligne de crête du K° Tamzirt.

Côté sud du fort l'oued Bou Deflou

 

 

                                                                                                                                      

Tighret-8.1961-photo-Jacques-Duchadeau.JPG                                                                                                                                  collection Jacques Duchadeau

 

VUE PANORAMIQUE DE LA PISTE PRES DE TIGHRET

Côté nord du fort, l'oued Tarzout Hassene.

 

Tighret-6.1961-photo-Jacques-Duchadeau.JPG                                                                                                                               collection Jacques Duchadeau

 

VUE PANORAMIQUE DE  TIGHRET

La ligne de crête descendant vers l'oued Es-Sebt.

 

 

22-juillet-1960-poste-844-vers-gourraya-dessin-P.SIGOT.jpg

 

TOUR RADIO DE TIGHRET

PITON 844

Vue du poste face ouest

Dessin de Pierre Sigot réalisé en 1960

 

 

 

Tour-844-2.1961-photo-Jacques-Duchadeau.JPG                                                                                                                               collection Jacques Duchadeau

 

LA TOUR RADIO DE 844

 

Face sud. A droite, la tour radio qui permettait de couvrir la partie sud-est du quartier. Elle était en relation avec Bois Sacré et Bou Zérou. A gauche les annexes. Et les 2 brêles pour assurer le ravitaillement avec Tighret.

 

 

 

 

Tour-844-3.1961-photo-Jacques-Duchadeau.JPG                                                                                                            collection Jacque Duchadeau

 

VUE PANORAMIQUE DE 844

En direction du nord. Au fond la Méditerranée. A environ 9 km de la tour à vol d'oiseau. A droite la vallée de l'oued Es-Sebt.

 

 

Tighret-5.1961 photo Jacques Duchadeau                                                                                                                            collection Jacques Duchadeau

 

VUE PANORAMIQUE DE 844

 

En direction du sud-est. La vallée de l'oued Kebir. A l'arrière plan le piton 1008 sur la piste des crêtes entre le K° Tamzirt (1009), vers la droite, et le K° Arich (847), vers la gauche.

 

 

Tighret-3.1961-photo-Jacques-Duchadeau.JPG                                                                                                                          collection Jacques Duchadeau

VUE PANORAMIQUE DE  844

La maison forestière de Tighret vue de la tour 844.

 

 

Tour-844-1.1961-photo-Jacques-Duchadeau.JPG                                                                                                                                          photo Jacques Duchadeau

 

LE PITON 844

La piste venant de Bou Zerou avant son arrivée à Tighret. La tour radio est visible tout au sommet du piton. La dénivelée entre 844 et Tighret (620 m environ) avoisinait 225 m, soit un trajet de 40 minutes sur une piste caillouteuse. Les GMC ne pouvaient pas accéder à la tour.

 

 

FIN

 

 

                                                                                                                                                      Jean Claude Picolet.

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